Un village entier au secours d’une famille sans papiers

- 09h39 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

A Fabrègues, dans l’Hérault, maire, voisins et parents d’élèves se mobilisent pour empêcher l’expulsion d’une Marocaine et de ses trois enfants.

Qui pense que les Français en ont marre de « subir » l’immigration ? A Fabrègues, petite cité pavillonnaire de 7 000 habitants située entre Montpellier et Sète, tout le monde se mobilise contre l’expulsion annoncée de Tamimount Koubaa et de ses trois enfants, Ibtissan, 11 ans, Hanae, 7 ans, et Omar, 4 ans et demi.

« En moins d’une semaine, j’ai reçu la copie de 81 attestations que des habitants ont envoyées au préfet, avec la photocopie de leur carte d’identité », souligne Mme Koubaa, une jolie brune de 35 ans, en feuilletant la pile de lettres. Parmi elles, celle de Bernard, un voisin, qui écrit : « J’atteste par la présente être en bons termes avec ma voisine. Madame Koubaa s’avère être une personne bien intégrée, polie, serviable et se comportant comme une bonne mère. » Michel, lui, « atteste qu’ils sont très bien intégrés à nos cultures et au respect de notre République ». Paula, dont la fille Julia est en CP avec Hanae rapporte : « Ma fille me dit souvent : je voudrais que Hanae soit mon amie pour toute la vie. »

Mariage arrangé

Puis Tamimount commence à raconter sobrement son histoire : arrivée en France à l’âge de 3 ans, elle a fait toute sa scolarité à Montpellier. Lorsqu’elle a 17 ans, ses parents s’installent à Fabrègues, dans une villa construite par le père, un maçon marocain. Tamimount passe un bac de biologie, poursuit ses études au CHU de Montpellier. Elle devient française en 1992, naturalisée en raison de sa présence en France depuis plus de cinq ans et de sa parfaite intégration. L’année suivante, en 1993, elle obtient un diplôme d’Etat de manipulatrice en radiologie médicale. A peine ses études achevées, son père la force à partir pour le Maroc, où il a arrangé son mariage avec un lointain cousin. Tamimount se soumet.

Douze ans (au Maroc) et trois enfants plus tard, elle décide de quitter son mari. Direction son « vrai pays », la France. Et la maison de ses parents à Fabrègues. C’était en juillet 2005. A la rentrée, ses enfants sont inscrits à l’école, dans laquelle la jeune femme prend en main l’atelier pâtisserie, ce qui lui vaut une immédiate notoriété. Elle engage alors des démarches afin de récupérer sa nationalité française, perdue en 1999 sous prétexte qu’au moment de sa demande de naturalisation, elle avait coché la case « célibataire », alors que son père l’avait déjà mariée administrativement au Maroc. Une erreur que l’administration française considère comme une « tentative de fraude ». En mars, le préfet lui a donné un mois pour quitter le territoire.

A peine la décision préfectorale connue, un comité de soutien s’est mis en place autour de Tamimount. Composé au départ de parents d’élèves, il se gonfle rapidement « d’un éventail très large de Fabrégois, qui ne tient aucun compte des clivages sociaux ou politiques traditionnels », explique Bernard Delord, un chercheur en économie, dont la fille est à l’école de Ibtissan et Hanae. On y trouve un orthophoniste, un employé de la poste, une greffière au tribunal, un agent commercial, un contrôleur aérien, une infirmière, un directeur d’école... Des gens de gauche, bien sûr, mais aussi des Fabrégois plus conservateurs, qui, comme ce voisin, n’en considèrent pas moins que « madame Koubaa, avec son diplôme de manipulatrice en radiologie, correspond à ces personnes qualifiées dont on a absolument besoin sur le marché du travail ».

« Etre réaliste »

Dans le groupe, il y a même Christian Garcia, un rapatrié d’Algérie, qui avoue sans aucune honte « voter Le Pen » depuis des années. « Mais quand j’ai vu ce petit bout de femme qui ne montrait rien de sa souffrance, ça m’a touché. J’en connais qui vont avoir du mal à comprendre que je défende une Marocaine, mais je ne sais pas ce qui s’est passé, je me surprends moi-même. Comme quoi, y’a des choses qui peuvent faire que tout bascule en vous... » Pour les autres immigrés, Christian Garcia continue néanmoins d’exiger « d’être réaliste » : « La France ne peut pas supporter toute la misère du monde. Au train où ça débarque, ils arrivent par centaines chaque jour. Alors là, je dis non ! »

A Fabrègues, même le maire, un ancien UMP devenu « apolitique centriste », prend fait et cause pour cette mère en danger et ses enfants : « Notre position est très claire : cette femme doit rester en France », affirme Jean-Marc Alauzet, le premier adjoint. Preuve de son engagement : le 17 juin, la mairie prête une salle au collectif pour une grande fête de soutien.

Pierre Daum - Libération ( France )

  • Toulouse : chaîne humaine contre l'expulsion d'une marocaine

    Quelque 250 parents, enfants et enseignants ont symboliquement formé une chaîne humaine autour d'une école primaire de Toulouse (Sud-Ouest de la France), mardi matin, pour dénoncer l'expulsion programmée d'une mère d'élève d'origine marocaine.

  • Mariages forcés des filles MRE : Des vacances qui se transforment en cauchemar

    Il n'existe pas d'étude exhaustive sur le sujet, simplement des histoires racontées par celles et ceux qui font remonter des réalités du terrain. Ces histoires sont celles de jeunes filles d'origine marocaine vivant en Europe victimes de mariages forcés. Au Maroc, en dépit de la réforme de la Moudouwana, cette pratique reste très courante dans plusieurs régions, surtout pendant la période estivale. Et pour de nombreuses jeunes filles, les vacances au pays se transforment souvent en cauchemar.

  • Ali Tagdha : annulation de l'arrêté d'expulsion

    Le tribunal administratif de Montpellier (Sud de la France) a décidé, jeudi, l'annulation de l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière d'un jeune élève marocain, a-t-on indiqué auprès du Réseau Education Sans Frontières (RESF) et du Service oecuménique d'entraide (CIMADE) qui le soutiennent.

  • Jamila Belkacem : l'empoisonneuse

    Jamila Belkacem a été condamnée, en 2003, à trente ans de réclusion pour le meurtre de son amant. Elle comparaît cette semaine pour avoir, de sa prison, organisé l'assassinat (raté) de son mari. Et fait de sa fille son bras armé.

  • La mésaventure d'un vieux MRE

    Mohammed Ammaz, un Marocain résident en France, est poursuivi pour attentat à la pudeur sur une jeune fille de 13 ans lors de son passage au Maroc. L'accusé, âgé de 67 ans, clame son innocence.

  • Laïla Rouass, star marocaine en Angleterre

    Vedette de la série britannique Footballers' Wives, Laïla Rouass, de père marocain et de mère indienne, séduit les Anglais et fait un tabac dans le monde. Itinéraire d'une belle métisse.

  • Casablanca : Hafida et Michel font bonne pêche

    Les poissonniers ? Ce n'est pas ce qui manque, surtout au Marché Central de Casablanca, qui a acquis ses lettres de noblesse grâce aux poissonniers, connus à travers le royaume. L'arrivée d'un jeune couple valentinois a changé le paysage. L'histoire mérite un détour malgré les grimaces de l'entourage.

  • Tamimount Essaïdi

    Né à Schaerbeek et d'origine marocaine, Tamimount Essaïdi devient, en 1997, membre d'Ecolo Schaerbeek.

  • Sabah retrouve son nourrisson... mais reste expulsable

    Séparée de son fils de cinq mois depuis son interpellation lundi, une jeune mère marocaine sans papiers a retrouvé son bébé jeudi. Jusqu'à la décision sur son éventuelle expulsion, qui doit être annoncée vendredi.

  • Bordeaux : 6 mois requis pour esclavage moderne d'une marocaine

    Six à huit mois de prison avec sursis ont été requis, jeudi soir, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux (a France) à l'encontre d'une mère de famille jugée pour des faits d'esclavage moderne à l'encontre d'une jeune marocaine employée sans rétribution pendant six ans.