Fouad Fourji, l’élève du terrain

- 01h36 - France - Ecrit par : L.A

Clandestin en France à 17 ans, Fouad Fourji a tout appris sur le terrain. À force d’observer et de questionner, il a réussi à s’intégrer à la société française et aujourd’hui, l’"éducateur populaire" veut apprendre aux jeunes à apprendre de la vie.

En 1976, quand Fouad Fourji participe à la grève étudiante, c’est pour “jouer”. Le gamin de 16 ans ne connaît encore rien aux enjeux sociaux et à la politique. Après une détention d’une semaine où il est torturé à maintes reprises, c’est l’éveil. Se sentant “lâché par les lâches”, il quitte le Maroc l’année suivante pour tenter sa chance en Europe. De l’Espagne, il entre en France “par la forêt” parce qu’il a peur d’être arrêté à la frontière, même si son passeport est en règle. Le jeune homme ne sait pas “comment ça fonctionne” et préfère éviter les formalités.

Il parcourt d’un bout à l’autre l’Hexagone en autostop et finit par élire domicile... dans la gare d’un petit village près de Metz, en Lorraine.

Pendant neuf mois, le désormais clandestin survit en lavant la vaisselle dans des cafés en échange d’une bouchée de pain. Il connaît mal le français et à peu près rien de la société qui l’entoure. La France, il l’apprend par instinct et par audace.

En rôdant dans les cafés près des usines sidérurgiques, il déniche son premier vrai boulot. À force de demander “comment on fait ?” aux travailleurs maghrébins des usines, il finit par connaître les méthodes de recrutement et réussit à se faire embaucher. Petit à petit, il comprend mieux comment fonctionne la société “là-haut”, en France.

À la même époque, il commence à s’impliquer dans les syndicats et à fréquenter les maisons de jeunes. Le militant se découvre. Au départ, il fait le ménage. Il devient ensuite tour à tour animateur bénévole puis permanent et éducateur spécialisé. Il apprend sur le tas la comptabilité, la gestion de groupes, l’éducation. Il lit mais surtout, il écoute “les leaders” autour de lui. Il apprend “par l’exemple plus que par le verbe”.

En 1988, il passe avec succès la sélection pour suivre une formation d’éducateur spécialisé. Il n’a qu’une troisième année secondaire en poche. Les autres sont bacheliers ou même licenciés. Pour des raisons financières, il ne pourra suivre la formation mais c’est une première expérience valorisante à l’intérieur du système français pour le “pur produit du terroir” qu’il est.

Quand il décide d’entrer dans le système scolaire régulier, son expérience du terrain lui permet de passer directement à la licence. En juin, il défendra son mémoire de master en ethnologie, anthropologie et philosophie. L’an prochain, ce sera l’entrée au doctorat.
Dans ses temps libres, il étudie la société. Il a déjà réalisé des études sur les enfants de la rue au Maroc et la prostitution.

Fouad Fourji ne regrette rien. Ce parcours à l’aveuglette pour se forger une place dans la société française lui a permis de se “sauver de l’égoïsme et de l’individualisme” et de comprendre que toute situation est formatrice. Aujourd’hui, à travers ses différentes casquettes - conseiller principal d’éducation dans un collège, animateur, formateur, défenseur des droits de l’Homme et bien d’autres – il veut convaincre les jeunes de l’idée que le “développement de l’être humain passe avant tout par l’expérience de vie”.

Le Journal Hebdo - Frédérick Lavoie

  • Lettre ouverte à un fils d'immigré

    « Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter ! » Quand le journaliste Nadir Dendoune a entendu ces propos de Nicolas Sarkozy, son sang n'a fait qu'un tour. Jusqu'ici, ce jeune Français d'origine algérienne avait l'impression que c'est la France, plutôt, qui ne l'aimait pas ! Il a donc décidé de prendre la plume pour réagir et montrer que le « parler-vrai » du candidat UMP - lui-même fils d'immigré - est un tissu de clichés brodé par quelqu'un qui ne connaît pas le terrain.

  • « Allez Yallah ! » fait un carton

    Produit par Jean-Jacques Beineix et réalisé par Jean-Pierre Thorn, un film sur les femmes maghrébines de France connaît, sans pub ni presse, un succès étonnant. Récit

  • France : 3 Marocaines parlent de la situation de la femme au Maroc

    Invitées à un débat dans une librairie à Strasbourg, trois Marocaines ont témoigné de leur engagement en faveur de l'égalité des sexes dans leur pays.

  • Fouad Maazouz

    Fouad est un jeune photographe prometteur qui a déjà exposé ses œuvres à Rome, Bruxelles, Alger, Tunis, Istanbul, Aleppo, Tel Aviv, Alexandrie, entre autres.

  • La France et le mineur marocain

    Le 2 mars, je reçois un mail d'Hafida Ameddah, une étudiante en licence de sociologie à Lille, rencontrée il y a trois ans lors d'un débat dans son lycée, près de Lens. Elle me joint la transcription d'un entretien sociologique effectué en arabe avec un mineur marocain, aujourd'hui retraité et gravement malade.

  • Sarkozy et ses immigrés

    Attendue, la victoire de Nicolas Sarkozy a été nette et sans bavure. Comment est-elle perçue par les ressortissants marocains et, plus globalement, par les Français issus de l'immigration ? Les banlieues déshéritées de la région parisienne accusent le coup. “C'est le choc. Un choc attendu, mais les gens ne voulaient pas y croire.

  • Intégration : L'école des mères

    A Asnières, dans la banlieue parisienne, des étrangères de toutes les origines apprennent le français. Comme leurs enfants. Un sésame pour une immigration réussie.

  • La caution « beur » de Ségolène Royal

    Avec la candidate du parti socialiste français, elle est à l'affiche de la campagne présidentielle. Najat Belkacem, porte-parole de Ségolène Royal, rêve de victoires et croit en ses chances pour les prochaines législatives. Parcours d'une jeune femme ambitieuse qui porte fièrement ses origines marocaines.

  • Maroc : Un 2ème parc industriel pour la chambre française de commerce

    86 MDH pour le deuxième parc industriel de la Chambre française de commerce. La réussite du premier parc, à Bouskoura, a encouragé la Chambre à initier un deuxième projet à Ouled Salah. Sur 31 ha, le site accueillera 200 entreprises qui créeront 6 000 emplois directs.

  • La cinquième zouave

    Pour nous, Maghrébins, l'élection présidentielle française a offert certaines indications, notamment en qui concerne le comportement de certains Français issue de la colonisation. Il apparaît que, souvent, il est difficile d'être français quand on a connu la colonisation, directement ou indirectement, selon les générations.