La France finance, les Espagnols construisent : les centrales solaires du Maroc font grincer des dents au Sénat

- 21h00 - France - Ecrit par : Farid Laamoudi

Au Sénat français, Christian Cambon a dénoncé le 28 octobre les retombées économiques jugées insuffisantes des financements français dans les projets solaires marocains. Le complexe Noor d’Ouarzazate en fournit un exemple : des prêts de l’Agence française de développement et des travaux confiés à des entreprises espagnoles.

« Ce sont les Français qui ont payé les études et ce sont les Espagnols et les Émirats qui ont fait le travail. » C’est ainsi que Christian Cambon a décrit les grands projets solaires marocains devant la commission des affaires étrangères du Sénat, mercredi 28 octobre. Le parlementaire y voit un exemple des marchés qui échappent aux entreprises françaises malgré les financements apportés par Paris.

Dans le compte rendu officiel du Sénat, il dénonce le poids accordé aux offres les moins chères dans les appels d’offres. Selon lui, cette logique a trop souvent favorisé des concurrents étrangers au détriment des entreprises françaises.

À Ouarzazate, les financements français sont documentés. L’Agence française de développement a accordé deux prêts totalisant 150 millions d’euros aux centrales Noor I et Noor III : 100 millions pour la première, 50 millions pour la seconde. Ces prêts concernent le financement des centrales, tandis que le sénateur évoque plus précisément les dépenses d’études.

Sur Bladi.net : L’Espagne s’installe dans les secteurs stratégiques du Maroc : six groupes aux premières loges

La construction de Noor I, centrale thermosolaire de 160 mégawatts inaugurée en 2016, a bien été confiée à trois entreprises espagnoles : Sener, Acciona et TSK. Le groupe Sener confirme que le trio a remporté le contrat de réalisation clé en main. Le développeur du projet était ACWA Power, un groupe saoudien.

Paris veut davantage de retombées pour ses entreprises

Le débat dépasse ces centrales achevées il y a plusieurs années. Olivier Cadic, représentant du Sénat au conseil d’administration de l’AFD, réclame un meilleur suivi des contrats réellement décrochés par les entreprises françaises dans les projets financés par l’agence.

Il défend un objectif de 60 % de succès dans les appels d’offres, contre un taux de 48 % qu’il évoque lors des échanges. Les sénateurs souhaitent aussi que la sélection des entreprises ne repose pas seulement sur le prix, mais accorde davantage de place à la qualité des propositions et aux retombées économiques.

Sur Bladi.net : L’ambassadeur de France au Maroc quitte Rabat pour un poste hautement stratégique

Ces discussions accompagnent la nouvelle orientation de l’AFD sous la direction de Christophe Lecourtier, ancien ambassadeur de France à Rabat. Christian Cambon salue cette attention accrue aux intérêts français et appelle également à renforcer la coopération de Paris en Afrique avec des partenaires comme le Maroc.