France : des Marocains payaient 10 000 euros pour travailler

- 12h00 - France - Ecrit par : L.A

Le tribunal de Montauban examine l’affaire d’un réseau soupçonné d’avoir exploité 278 travailleurs agricoles. Attirés en France par de fausses promesses, les saisonniers marocains ont versé jusqu’à 10 000 euros avant de se retrouver sans papiers ni salaires décents.

Le procès qui s’est tenu mardi au tribunal correctionnel de Montauban lève le voile sur un système d’intermédiation agricole qualifié de « bien huilé » par le ministère public. Sur le banc des accusés, Anass El T., 30 ans, et Imane L., 36 ans, répondent de l’exploitation présumée de 278 travailleurs marocains dissimulés, engendrant un manque à gagner de 800 000 euros de cotisations pour la Mutualité sociale agricole (MSA).

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L’enquête a été déclenchée par la plainte de trois saisonniers marocains engagés pour la récolte de melons à Montalzat. Espérant travailler légalement, ils ont déboursé environ 10 000 euros à des intermédiaires. À leur arrivée, leurs conditions de travail se sont avérées désastreuses : un salaire mensuel de 1 080 euros pour six jours de travail par semaine, grevé par des retenues de 250 euros pour le logement et de 125 euros pour un véhicule. Engagés tardivement, ils se sont retrouvés démunis dès la mi-novembre, finissant parfois par dormir dans la rue. À la barre, l’un d’eux a témoigné de sa détresse, relayée par La Dépêche : « Les 100 000 dirhams… ma mère a vendu des bijoux. Je n’en dors plus. »

Face aux juges, les prévenus ont nié les faits. Anass El T., dirigeant de la société de prestation A2Sagri, a affirmé qu’il aidait gratuitement les travailleurs et n’a jamais perçu de paiements de leur part, assurant que les producteurs le rémunéraient directement. De son côté, Imane L. a contesté avoir reçu des commissions, bien que la présidente du tribunal ait relevé un compte bancaire au Maroc contenant plus de 106 000 euros, alimenté par d’importants virements correspondant à des demandes de visas. L’accusée a justifié ces sommes par la présence de sœurs en Italie et a invoqué un problème de traduction lors de ses aveux en garde à vue.

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Dénonçant une « exploitation de la misère humaine » et une concurrence déloyale, le parquet a requis trois ans de prison avec sursis probatoire pour Anass El T. et un an pour Imane L., assortis d’une interdiction d’exercer dans l’agriculture pendant quinze ans. La défense a pour sa part fustigé l’absence des agriculteurs donneurs d’ordre à l’audience et contesté l’existence des 278 salariés. Les parties civiles réclament le remboursement des sommes versées et 8 000 euros de préjudice moral. Le délibéré sera rendu le 19 mai 2026.