Heure d’hiver : le débat sur le maintien du GMT+1 au Maroc relancé
Six ans après son adoption, le maintien de l’heure GMT+1 toute l’année au Maroc continue de susciter un vif débat. Alors que l’hiver s’installe, les critiques resurgissent sur les réseaux sociaux, pointant les désagréments d’un quotidien décalé, notamment les matinées sombres pour les écoliers.
De nombreux Marocains expriment leur difficulté à s’adapter à ce rythme. Des parents dénoncent l’impact sur leurs enfants, contraints de se réveiller et de partir à l’école dans l’obscurité totale. « Ils sont épuisés, moins attentifs et ont du mal à se concentrer », témoigne Samira, une mère de famille de Casablanca interrogé par Le Matin. Un sentiment partagé par des travailleurs, qui évoquent un rythme « désagréable » et « dangereux » pour ceux qui se déplacent tôt le matin.
Au-delà du confort, des spécialistes alertent sur les effets sanitaires de ce décalage. Le Dr Lamia El Idrissi, médecin généraliste, explique que la perturbation du cycle lumière-obscurité affecte la sécrétion de mélatonine et crée une « désynchronisation interne ». Chez les plus jeunes, cela se traduirait par une somnolence diurne, une baisse de la vigilance et une irritabilité accrue.
Un retour au GMT est-il envisageable ?
Face à la persistance de ce malaise, la question d’un retour en arrière refait surface. Pour Rachid Essedik, président du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC), cette hypothèse est envisageable mais doit être mûrement réfléchie. Il note que le débat « n’a jamais disparu » et que le retour temporaire au GMT lors du Ramadan rappelle chaque année aux citoyens « l’heure naturelle du pays ».
Il estime cependant qu’une telle décision ne doit pas être un simple mimétisme de l’Europe, qui reconsidère également le changement d’heure, mais doit s’appuyer sur des données objectives nationales : santé, productivité et éducation.
M. Essedik rappelle que l’étude d’impact de 2018, qui avait justifié le passage au GMT+1, n’estimait les économies d’énergie qu’à 0,17 % de la consommation nationale, soit environ 33,9 millions de dirhams. Il pose alors la question centrale : « Est-ce que ce montant pèse plus que le confort quotidien de millions de Marocains ? »
Pour lui, la réponse réside dans la priorisation du « gain collectif ». Si un retour au GMT améliore la qualité de vie des familles et la sécurité, ce gain serait « bien plus important que quelques économies d’énergie ». Il insiste toutefois sur le fait que la mobilisation numérique ne suffit pas à elle seule à provoquer un changement, qui ne peut relever que d’une « décision politique ». Si ce retour devait avoir lieu, il devrait être « clair », « stable » et accompagné de mesures de sensibilisation à l’efficacité énergétique.