France : les immigrés, cheval de bataille

- 22h30 - France - Ecrit par : L.A

A quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle en France, la campagne électorale est déjà largement engagée sur l’immigration. Toutes les forces politiques en France, tous les candidats aux présidentielles lorgnent vers les Français issus de l’immigration, leurs voix électorales les intéressent. Certains le font à juste titre, parce qu’ils ont toujours été aux côtés des immigrés, solidaires de toujours. Certains veulent leurs voix, mais sans trop s’afficher avec, pour ne pas perdre sur l’autre tableau. D’autres, bien sûr, font de l’immigration et des problèmes de banlieues un fond de commerce électoral.

Et, à l’image des campagnes précédentes, l’immigration ressurgit à partir d’un autre thème qui lui est systématiquement couplé, celui de la sécurité et plus spécifiquement de la petite délinquance urbaine. L’insécurité devient une expression métonymique pour désigner l’immigration, particulièrement dans le discours de l’extrême droite, qui entend ainsi se mettre à l’abri de la législation réprimant la discrimination et le racisme.

Si la modification du Code de nationalité n’est pas ouvertement affichée durant la campagne électorale, elle risque de ressurgir à l’occasion de la discussion d’un autre dossier : le droit de vote des étrangers au niveau communal. Cette revendication, vieille de trente ans, n’a pas abouti en raison du refus systématique de la droite.

Se servant de casquette de ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, venu lundi 5 mars à Marseille, à l’occasion de la 3ème rencontre préfectorale et consulaire sur l’immigration, a replacé l’immigration et plus précisément la communauté maghrébine et africaine, au coeur de la campagne électorale, expliquant qu’il n’en faisait pas un "cheval de bataille" mais un "thème d’action".

"La politique de l’immigration doit être au premier rang sur notre agenda national, sur notre agenda européen, sur notre agenda méditerranéen, sur notre agenda international, a-t-il dit, en se vantant d’avoir permis le refoulement de 35.000 migrants illégaux en 2006 et d’avoir fait chuter de manière spectaculaire le nombre de demandes d’asile adressées à la France (-10% en 2005, -35% en 2006). "La procédure de demande d’asile n’est plus une fabrique à clandestins", a-t-il martelé.

Plaidant pour une immigration choisie et redisant "son refus de régularisations massives", Sarkozy a pointé du doigt les politiques de régularisations massives décidées par des gouvernements de gauche de 1981 à 1997.

Sondés à ce sujet, les Français sont majoritairement favorables à la notion d’immigration choisie (53%), mais estiment en revanche que la candidate socialiste Ségolène Royal est la mieux à même de faciliter l’intégration des immigrés en France.

Cette intégration s’avère, à juste titre, difficile à concrétiser tant que les forces politiques françaises, toutes tendances confondues, continuent de désigner la communauté étrangère, et plus particulièrement maghrébine, comme source principale de tous les maux de la France. Certains le disent à haute voix. D’autres approuvent en silence. Et aucune action (hormis quelques timides gestes tendant à redorer l’image combien erronée sur les conditions de l’immigration), n’a été entamée, jusqu’à présent, en vue d’assurer une intégration agissante et productive de la communauté maghrébine de France. Emprisonnés dans des stéréotypes, marginalisés par les clichés, nos jeunes maghrébins attendent, en vain, des décideurs politiques et sociaux, un énorme travail de pédagogie pour privilégier le dialogue, rassurer ces jeunes et ces moins jeunes qui ne se reconnaissent plus dans le regard des autres. Ils y voient plus de suspicion que de compréhension, plus de rejet que de générosité.

A présent, ce souci de reconstruire et de conforter ce fil qui doit privilégier le respect mutuel, ne figure point dans le calendrier électoral. Seul thème fort, l’insécurité, synonyme du refoulement et du rejet.
Pourtant, à la différence de leurs parents qui incarnaient l’image de travailleurs analphabètes et non qualifiés, nos jeunes Maghrébins, aux compétences multiples, constituent aujourd’hui un véritable réservoir de matière grise et un atout majeur dans le devenir de la communauté maghrébine.

D’où l’intérêt pour Nicolas Sarkozy comme pour Ségolène Royal, d’attirer dans leur giron des personnalités issues de l’immigration : les deux Marocaines, Rachida Dati, porte-parole du candidat de l’UMP, et Najat Belkacem, troisième porte-parole de la candidate socialiste.
Rachida Dati, à l’image des centaines de hauts cadres marocains qui ont
réussi à conquérir une place de mérite dans les sociétés d’accueil, a été élevée dans des conditions de vie extrêmement difficiles. Fille d’un père marocain et d’une mère algérienne qui ont eu douze enfants, Rachida (41 ans) a grandi dans une HLM de banlieue parisienne. Et c’est dans cet environnement qu’elle a évolué, à l’instar de centaines de milliers de Marocains, qui, pendant toute leur enfance, ont fait leur devoir sur la table de la cuisine dans des appartements surpeuplés. Ils ont pris de plein fouet la marginalisation et le mépris, assisté à la montée des discours lepénistes et supporté les clichés, les soupçons et les comportements de vigilance dont ils étaient constamment victimes.

Et si maintenant, notre Marocaine est considérée comme figure parfaite de l’intégration heureuse, érigée en modèle par Sarkozy, cela ne signifie nullement que l’intégration comme facteur fondamental de la cohésion sociale, a réussi en France. On est encore loin d’une société où règne la cohésion, où les deux parties reconnaissent l’importance du renforcement du sentiment d’acceptation et d’appartenance basé sur la confiance et sur des valeurs et des expériences communes qui transcendent les différences sociales, culturelles, linguistiques et religieuses.

Maroc Hebdo - Ahmed El Midaoui

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