En Italie, une famille marocaine paie 500 € par mois pour un appartement où elle ne peut plus vivre
Depuis près de neuf mois, une famille marocaine installée en Italie continue de rembourser un appartement dont elle a été évacuée. À Ferrare, Ahmed, Fatna et leur fille Imane vivent désormais séparés, avec encore 60 000 euros de crédit immobilier à rembourser.
Chaque mois, Ahmed et Fatna versent environ 500 euros à leur banque pour un appartement situé au douzième étage d’une tour de Ferrare, dans le nord de l’Italie. Pourtant, depuis février, impossible d’y retourner. Le couple, originaire de Casablanca, partage aujourd’hui un logement provisoire avec une autre famille, tandis que sa fille Imane réside dans une structure d’accueil pour femmes en difficulté. Leur histoire est racontée par l’hebdomadaire italien La Voce di Ferrara-Comacchio.
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Ahmed est arrivé en Italie en 2001, rejoint deux ans plus tard par son épouse et sa fille. Employé dans les transports publics à Bologne, il travaille notamment de nuit pour assurer le remboursement de son crédit et les charges de copropriété. Fatna occupe un emploi à temps partiel à Ferrare. En 2005, après avoir vécu en location, le couple achète un appartement dans le complexe immobilier du Grattacielo.
Le 11 janvier dernier, Ahmed termine son service à deux heures du matin. Il attend le premier train pour rentrer à Ferrare et découvre, à 4 h 45, les pompiers devant son immeuble. Un incendie s’est déclaré dans la tour B, provoquant l’évacuation de plus de 200 personnes. Sa famille habite la tour A, mais des problèmes de sécurité conduisent ensuite les autorités à ordonner l’évacuation de l’ensemble du complexe.
De propriétaires à hébergés d’urgence
Le 12 février, Ahmed, Fatna et Imane quittent leur appartement. Ils sont d’abord hébergés dans une ancienne résidence à San Bartolo, où ils disposent d’une chambre commune jusqu’au 30 juin. Ils passent ensuite plusieurs semaines dans un établissement provisoire, avec deux petites chambres, un miniréfrigérateur et un four électrique pour réchauffer leurs repas.
Depuis septembre, la famille est séparée. Les parents, tous deux âgés de plus de 65 ans, partagent cuisine et salle de bains avec quatre autres personnes. Imane, étudiante en communication à l’université de Reggio d’Émilie, a trouvé refuge dans une autre structure. Les parents ont bénéficié d’une prise en charge temporaire de leur hébergement par les services sociaux, avec l’aide de Caritas.
Trouver une location durable s’avère compliqué. Imane affirme avoir constaté des différences de traitement selon l’origine des candidats : des logements annoncés disponibles à des bénévoles italiens ne l’étaient plus lorsque des personnes étrangères appelaient quelques minutes après. La famille dit avoir subi les mêmes difficultés.
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La jeune femme reproche également aux autorités locales l’absence de solution durable, malgré les démarches répétées de ses parents. Elle s’inquiète de l’état de leur appartement, auquel ils n’ont plus accès, et du devenir de l’immeuble, désormais déserté.
Après plus de vingt ans de vie à Ferrare, la famille reste propriétaire d’un logement qu’elle ne peut plus occuper. Il lui reste dix années de remboursement et environ 60 000 euros à verser à la banque. Imane, qui poursuit ses études loin de ses parents, ignore quand tous trois pourront à nouveau vivre sous le même toit.