La presse marocaine étranglée par la justice

- 08h58 - Maroc - Ecrit par : Said A.

C’était la une de l’hebdomadaire francophone Tel Quel, le 9 décembre : « Médias et royauté : jusqu’où peut-on aller ? » Cette question est au coeur d’une série de procès faits actuellement à la presse indépendante pour diffamation ou pour avoir abordé des sujets sensibles, particulièrement ceux touchant à la monarchie.

Dernière inculpation en date, celle de l’hebdomadaire arabophone Al Ayam qui a publié un dossier intitulé « Secrets du harem du palais entre trois rois » et décrivant le fonctionnement du harem royal sous le sultan Mohammed V et le roi Hassan II. Non sans souligner que Mohammed VI a « coupé avec l’ère du harem ». Le directeur du journal et la journaliste auteure du dossier seront jugés le 23 janvier à Casablanca pour diffusion de « fausses informations » et publication « sans autorisation » de photos de la famille royale. Côté palais, l’argument est simple : à trop dévoiler la vie de cette dernière, on attente à la sacralité d’une institution qu’il faut préserver et donc garder hors d’atteinte.

Survivance

« La vie de palais a ses répercussions sur la gouvernance au Maroc. Est-il illégitime d’en parler ? Surtout quand c’est le palais lui-même qui érige ses fêtes familiales privées en fêtes nationales publiques », s’interroge cependant Tel Quel, qui a beau jeu de poser cette question quand des photos de la famille royale s’étalent dans la presse étrangère... « Cette manie de privilégier la presse étrangère est une survivance d’une autre époque (...) et cela contribue à (lui) donner trop de crédit, qu’elle dise du bien ou du mal du Maroc », note Abdelmounaïm Dilami, directeur de l’Economiste et d’Assabah dans le dossier consacré à ce problème par Tel Quel.

Diffamation

Ce n’est pourtant pas un écrit sur la famille royale qui vaut à cet hebdomadaire d’être harcelé par la justice depuis plusieurs mois. L’un des plus dynamiques du pays, il devrait être fixé sur son sort aujourd’hui et mardi prochain à l’issue de procès en appel dont dépend sa stabilité financière, voire sa pérennité. C’est une sombre affaire de diffamation à l’encontre d’une députée qui est reprochée à Tel Quel.

Dans un billet satirique, le journaliste avait retracé, en juillet, la carrière d’Halima Assali, originaire du Moyen-Atlas, qualifiée de « cheikha » (danseuse populaire) et baptisée Asmaa « pour éviter qu’elle crie à la diffamation ». Précaution vaine : la plaignante a estimé que le journal avait « sali sa réputation, celles de sa famille, d’une région et du Parlement » en lui réclamant, et en obtenant, d’abord 1 million de dirhams (90 000 euros) puis, en appel... 3 millions de dirhams (270 000 euros). « C’est un montant qui vise à conduire le journal à la faillite et à la fermeture », estime Tel Quel qui, dans une autre affaire de diffamation, a été condamné à 81 000 euros. Des enquêtes ont aussi été engagées à l’encontre de deux hebdomadaires arabophones, Al Michaâl et Al Bidaoui pour des propos « portant atteinte à l’islam et à la patrie ».

Pour la presse indépendante, ces procès et ces lourdes amendes ne visent qu’à attenter à la liberté d’expression. D’autant que le ministre de la Justice a annoncé, le 13 décembre, la « création d’une cellule de suivi des écrits diffusés par la presse ».

Source :Libération.fr

  • "Tel Quel" condamné à 500 000 DH

    La Chambre correctionnelle près la Cour d'Appel de Casablanca a décidé, mardi, de réduire de 900.000 à 500.000 DH le montant des dommages et intérêts à l'encontre de l'hebdomadaire « Tel Quel » au profit de la (…)

  • Procès TelQuel : Le verdict attendu la semaine prochaine

    Le procès opposant l'hebdomadaire francophone TelQuel à la députée MP, Halima Assali, sera finalement jugé en appel le 29 décembre.

  • Un an de prison pour le directeur d'Al Michaâl

    La cour d'appel de Casablanca a confirmé, le 9 mai 2006, la peine d'un an de prison avec sursis et l'amende de 100 000 dirhams (9000 euros) à l'encontre de Driss Chahtane, directeur de l'hebdomadaire Al Michaâl, pour (…)

  • Anas Tadili sort de prison

    Anas Tadili est sorti de prison après avoir purgé une peine de 22 mois pour divers délits de presse. Il est encore poursuivi pour d'autres affaires.

  • Le palais Skhirat serait-il mis en vente ?

    Des rumeurs insistantes évoquent l'éventualité de transformer le palais royal de Skhirat en lotissement à usage résidentiel