Portrait de Lahcen Zinoun, danseur

- 13h57 - Maroc - Ecrit par : L.A

Voici, l’histoire d’un parcours, la ferveur d’un homme, la vie passionnée et passionnelle du danseur étoile, Lahcen Zinoun. La danse au Maroc remonte à bien des siècles et répond aux noms d’Ahwash. Être danseur au Maroc relève du tour de force. Pourtant, après un parcours du combattant, Lahcen Zinoun est arrivé à imposer la danse académique. Il a même fait mieux en parvenant et à monter une école de danse, et à organiser à Casablanca le premier festival international de danse contemporaine.

Lahcen est né en 1944. Son enfance, il la passe dans un quartier de Casablanca très populaire : Hay Mohamadi. Nous sommes durant les années coloniales." C’était le bled. On n’était tous des étrangers ! Nos parents étaient venus à la ville pour travailler, c’était devenu un ghetto. Mon père était cheminot. Il était berbère. Seuls les évènements familiaux nous réunissaient avec les voisins ". La première fois que Lahcen se rend en ville, c’est après l’indépendance en 1956. En passant près d’une maison, il entend de la musique classique s’échapper d’une fenêtre entrouverte ; c’était le conservatoire. Il se risque à demander "Ici on apprend la danse ? Oui et c’est gratuit ! "Sa décision est prise : il sera danseur étoile. Sa mère l’aidera mais son père ne devra pas être au courant." La danse académique, c’est la pureté. Au conservatoire de Casa, j’ai beaucoup appris ! ".

Au Maroc, la danse est à deux facettes, aimée et rejetée. Le corps n’a pas sa place en tant que moyen d’expression artistique. La danse du ventre a pourtant un côté sexuel. Pour Lahcen c’était le seul moyen de réaction que les femmes avaient pour provoquer et choquer l’homme. En 1964, lorsque le père de Lahcen apprend qu’il est un élève brillant du conservatoire : il le chasse de la maison familiale. L’admiration pour Maurice Béjart l’amène en Belgique. À" petits pas hésitants" il se dirige vers le ballet royal de Wallonie ! Malgré l’ambiance homosexuelle qui régnait dans le monde de la danse" je suis resté un passionné de la femme ". Lahcen s’est marié avec Michèle Barret, danseuse, elle aussi. C’était il y a trente-sept ans. "On s’est unis à l’église avec la présence de toute la compagnie que la directrice Anna Wolf avait fait venir pour remplacer ma famille. Je dois beaucoup à Anna, ma maman belge. Je suis belge marocain ".

En 1973, Hahcen retourne au Maroc. Il avait appris que le roi Hassan II aimait la danse. Hélas, sa majesté ne voulait pas imposer au peuple d’autres danses, que celles du folklore traditionnel : "c’était les années noires au Maroc". Ce fut aussi la réconciliation avec son père qui dans le non-dit qui caractérise le pays, l’invite à un mariage chez un notable de son village de naissance :" J’ai vu mon père danser et j’ai compris que nous étions à nouveau unis ". Donc retour en Belgique, non sans avoir cependant créé une troupe école au Maroc rejetée par sa majesté en 1986. Il est maintenant installé avec son épouse à Casablanca où il dirige le festival de danse de Casa depuis neuf ans. C’est tous les mois de février." Nous voulons imposer la danse classique comme art compris. Que tout le monde comprenne que les artistes ne sont pas des mendiants de la place Jamaâ El Fana. Le Maroc ne doit plus être une société retranchée derrière sa citadelle de tabous." Reconverti en réalisateur, il vient de réaliser son premier long-métrage La beauté éparpillée. "Tadbiir LLah âdim "comme dirait Mama Douja, la grand-mère de mon épouse.

Hervé Meillon - La Dernière Heure

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