Le beur et l’argent du beur

- 22h08 - Maroc - Ecrit par :

Le dossier des MRE pèse lourd, et en devises s’il vous plaît. Nos travailleurs à l’étranger sont une sacrée machine à sous qui crache pas moins de 30 milliards de dirhams chaque année (33 milliards de dirhams en 2003). Et attention, cela ne concerne que les transferts par circuit bancaire.

Pour jauger le poids réel de la communauté marocaine d’Outre-mer, il faut certainement intégrer toutes les petites choses qui font tourner le Maroc pendant la période estivale. Plus de 2,5 millions de MRE passent leurs vacances au Maroc. La manne financière que cela engendre pour le transport, l’hôtellerie, les restaurants et boîtes de nuit…, la consommation dans son ensemble est considérable. D’ailleurs, des analyses bancaires soulignent que
les trois quarts des transferts financiers sont consommés pendant cette période. Le reste constitue l’épargne qui servira plus tard à un investissement productif. Avec ces chiffres, il est facile de comprendre pourquoi les autorités les entourent de petits soins au moment des opérations de transit.
L’amélioration des conditions d’accueil fait partie d’une grande opération de séduction pour canaliser les flux des capitaux. Tous les gouvernements précédents ont tenté, tant bien que mal, d’inciter les MRE à participer au processus de développement en soutenant la création de l’emploi. Les vices de l’administration en ont décidé autrement. Du coup, le MRE investisseur est devenu plus méfiant. "Nous avons assisté à des cas malheureux où l’investisseur a été détroussé, perdant ainsi son argent et son projet au profit de fonctionnaires ou de banquiers véreux", confie une source proche de la Fondation Hassan II. Bouchaïb Rami, président du Club des investisseurs marocains de l’étranger (CIME) confirme. Selon lui, il arrive que des projets soient complètement détournés par de hauts responsables. "Ces derniers prennent contact directement avec les fournisseurs et partenaires mentionnés dans la présentation du projet pour passer le deal directement avec eux en faisant prévaloir leur aptitude à régler tous les problèmes administratifs et financiers", explique-t-il. La méfiance ne vient pas seulement des comportements immoraux, mais aussi et surtout des incohérences du discours officiel. Notons d’abord que les avantages accordés aux investisseurs, marocains ou étrangers, sont considérables si l’enveloppe financière dépasse 200 millions de dirhams. Or, les investissements des RME n’atteignent pas ce seuil. Le CIME a enregistré la création de 900 TPE (Très petite entreprise) et 400 PME depuis son installation en 1997. Cette physionomie de l’investissement des MRE apparaît nettement à travers l’enquête réalisée par la Fondation Hassan II. Selon ses conclusions, 40 % des projets présentés par les MRE ont un capital ne dépassant pas 500.000 DH. Ceux qui mobilisent un capital de 5 millions de dirhams, ne représentent que 14 %. Dans les deux tranches, les facilités à l’investissement se limitent à la fluidité de la procédure de création (papier administratif sans incidence fiscale sur le projet). Si cette dernière fait défaut, le MRE se débattra dans les mêmes problèmes que vivent les entrepreneurs locaux. Avec un désavantage pourtant, sa méconnaissance des rouages, administratifs, communaux…
L’incohérence du discours officiel découle également du manque de soutien en infrastructure. "Les ressortissants de Nador, Tiznit ou Figuig se plaignent car il veulent investir dans leurs régions d’origine, mais le manque d’infrastructure les en dissuade. L’État empoche les transferts financiers massifs sans fournir une contrepartie", déplore Bouchaïb Rami. Les chantiers actuels résorberont une partie de ce déficit. Il n’empêche que le retard enregistré a freiné la transformation des transferts en projets productifs. In fine, il n’existe aucun programme d’incitation à l’investissement destiné au MRE.
Côté institutionnel, une rupture est constatée entre le club des investisseurs étrangers et la CGEM. "Nous faisons partie de la confédération, mais le cordon s’est fissuré depuis le départ de Lahjouji, l’ex-président de la confédération", explique le patron du CIME. Et, jusqu’à une date récente, les CRI étaient hors du coup. Actuellement, ces derniers se rattrapent par des opérations ciblées vers les MRE. Ce qui laisse entendre que cette population était considérée comme un investisseur de seconde zone. Seul l’apport en devises comptait. Les temps changent les hommes aussi, cette tendance commence à basculer vers une approche plus productive. En témoigne la multiplication des salons. "C’est à notre initiative que le Salon des MRE s’est tenu", martèle Bouchaïb Rami. Cela souligne au moins l’absence de plan d’action pour drainer les investissements des MRE. Aucun département de l’État ne le fait. Et ceux qui croient que la Fondation Hassan II l’assume se trompent. La promotion de l’investissement ne fait pas partie de ses prérogatives. Le secteur privé ne fait pas mieux. Hormis quelques opérations ponctuelles, comme le salon de l’immobilier qui s’est tenu en France, les initiatives manquent. Demeure le matraquage publicitaire des banques pour la collecte de l’épargne en devises. C’est peut-être le seul secteur qui inscrit son action dans la continuité.

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