Les origine des Imazighens

- 21h23 - Maroc - Ecrit par :

Quelles sont les origines des Berbères ? Ce sujet à fait l’objet de nombreuses controverses, voir des hypothèses les plus fantaisistes. Nous reprendrons ici quelques thèses célèbres, mais fausses, avant de nous en référer aux réponses beaucoup plus sérieuses des recherches historiques et anthropologiques modernes, qui réservent d’ailleurs quelques surprises.

Les origines mythiques

Les Berbères sont connus depuis la plus haute antiquité : les monuments de l’Ancien Empire en Égypte citent leur existence. Au treizième siècle avant Jésus Christ, les Berbères Libyens ont livré bataille contre les puissants Pharaons d’Égypte Minerpath et Ramsès III, comme l’attestent les textes de Karnak et de Medinet Habou. Mais ces textes ne disent rien de leur origine. Parfois, les Libyens furent aussi des alliés des Égyptiens, notamment sous Ramsès II.

Le premier qui émet une hypothèse est l’historien Grec Hérodote. Il affirme que les Libyens descendent des Troyens. Ils auraient cherché refuge en Afrique après la destruction de cette ville par les Hellènes.

Pour Salluste - historien romain du 1er Siècle avant JC (83-35 avant JC) - les premiers habitants de l’Afrique du Nord étaient les Libyens et les Gétules, peuples très primitifs qui vivaient de chasse et de cueillette. Cette thèse se repose sur les livres du Prince Numide Hiempsal, que Salluste avait lu attentivement. Il prétend qu’ensuite, les Berbères se seraient mélangés aux Mèdes et aux Perses, populations qui auraient atteint l’Afrique du Nord en étant dirigés par le Demi Dieu Hercule en personne. Une partie de son argumentation se fonde sur des considérations étymologiques hasardeuses. Dans l’histoire qu’il prête au Berbères, on trouve de nombreuses affabulations. Cependant, quoi que l’on puisse en penser, l’illustre historien montre qu’il a rassemblé toutes les connaissances de son temps sur le sujet. D’ailleurs ses récits des histoires de Jugurtha et de Catilina, d’une rigueur remarquable, restent des références.

Plutarque reprend la thèse de Salluste, en plus embrouillée, puisqu’il y ajoute les Olbiens et les Mycéniens à la conquête de l’Afrique du Nord, toujours avec comme guide Hercule.

En fait chez les historiens antiques, on ne trouve aucune méthodologie sérieuse. On ne peut donc pas leur reprocher de s’être trompés. Hérodote, Salluste comme Plutarque sont considérés comme de très grands intellectuels et érudits de l’Antiquité. Il ne faut donc pas s’étonner que les Berbères eux mêmes se revendiqueront souvent de leurs oeuvres, et accréditer ont leurs idées.

Les origines Moyens orientales

Les Berbères seraient-ils venus de l’est de l’Afrique ? C’est ce que soutient Procope, un autre historien Romain, du sixième siècle de l’ère Chrétienne. Il affirme qu’ils sont d’origine Cananéenne, la conquête de cette région par Josué ayant entraînée une migration vers l’Ouest de nombreuses populations. Celles-ci, arrivées en Égypte, auraient été refoulées en Libye, et auraient ensuite peuplé le Maghreb. Il s’appuie sur des faits historiques qui ne sont en réalité que des légendes sans fondement. A la faveur de la conquête musulmane, les historiens arabes développent cette idée, et établissent des généalogies des Rois Berbères remontant très loin dans le passé. Ainsi, pour l’historien Al Bekri, Goliath ayant été vaincu par le Roi David, ses fils furent chassés de Palestine et refoulés vers la Libye par les Égyptiens. Ils auraient donné naissance aux Berbères. Ibn Khaldoun, auteur d’une volumineuse histoire des Berbères, montre l’incohérence de l’argumentation d’Al Bekri, et leur donne comme ancêtre Canaan, fils de Cham, lui même fils du patriarche Noé. Ainsi, avant l’Islamisation, les Berbères auraient été les prédécesseurs des Musulmans, et auraient une origine commune. On le voit, il s’agit clairement d’une vision plus que tendancieuse de l’histoire. Ces origines fabuleuses ont été pourtant parfois repris par certains historiens modernes. La linguistique a montré qu’il ne pouvait en rien en être ainsi, les langues berbères ne dérivant pas du fond sémitique commun aux langues juives et arabes, comme certains l’ont cru à tort.

Les origines Européennes

Après la prise d’Alger en 1830, les français commencèrent à conquérir le sud de l’Algérie et découvrirent des dolmens dans la région de Béni-Messous. On cru d’abord à des ruines carthaginoises élevées par des mercenaires gaulois. Ensuite, on s’aperçut qu’ils avaient étaient édifiés par les autochtones. En 1863, s’appuyant sur cette découverte, l’historien A. Bertrand soutient que les Berbères sont en fait des Celtiques. Il croit pouvoir étayer son argumentation puisque, toujours selon lui, une proportion importante de la population Berbère présente un teint clair. On remarquera ici le côté idéologique de cette vision de l’histoire : une origine commune des Français et des Berbères légitime la colonisation. Quand à la peau claire de certains berbères, c’est simplement oublier que les Romains, les Byzantins, les vandales venu des territoires germains ont occupés longtemps le pays, et ce sont mêles à la population. De plus, même si nous sommes très réticent au concept de race - la génétique ayant démontrée qu’il s’agit d’un concept suranné - les populations du Maghreb et de tout le pourtour méditerranéen sont des blancs. Il n’y a donc là aucune preuve de leur origine européenne. A partir de là, les Berbères se voient attribués toutes sortes d’origines, plus fantaisistes les unes que les autres. On y voit des descendant des Grecs, des Gaulois, des Gaéliques, voir du vieux peuple Indo-européens. Berbères et Européens auraient ainsi eu en commun comme ancêtres les peuples d’Inde... Une foule d’auteurs se sont appuyés sur une myriade de pseudo-analyses linguistiques dont aucune ne résiste à une critique un tant soit peu sérieuse.

Les origines Fantaisistes

Il serait ici trop long d’évoquer toutes les autres hypothèse concernant l’origine des Berbères. Mèdes, Perses, Syriens, Égyptiens, Indiens, Yéménites, Basques, Peuple venu de l’Europe Centrale, pratiquement tout y passe. Certains auteurs ont même vu en eux des descendant des survivants de l’Atlantide, continent disparu qui, selon Platon, se serait englouti en des temps lointains dans l’Océan Atlantique ! Il ne manque que les extra-terrestres dans ce tableau pour le moins pittoresque. Un historien ironisera même sur ce point, faisant valoir qu’il est plus simple de savoir quels sont les peuples à l’origine des Berbères que ceux qui ne le sont pas. Toutes ces hypothèses farfelues montrent qu’avant les recherches modernes, nous ne savions que très peu de chose sur l’origine des Berbères.

Les résultats de la Préhistoire et de l’Anthropologie

Les travaux des préhistoriens modernes et les progrès considérables de l’ethnologie ont récemment donné une réponse définitive. En fait, il est maintenant établie que que les Berbères sont tout simplement originaire... de Berbèrie. Certes, il est admis à peu près unanimement que la naissance de l’humanité a eu lieu en Afrique centrale. Comme tous les humains, les Berbères en proviennent, évidemment. Cependant, les recherches paléontologiques montrent que le peuplement du Maghreb est très ancien. Dès le paléolithique supérieur, cette région est habitée par les hommes de Mechta à partir de -10 000 avant J-c. Encore proche des Cro-Magnon, leurs restes les plus anciens ont été retrouvés à Mechta El Arbi, localité proche de Constantine. Ils peuplent ensuite tout le Maghreb. Il sont supplantés progressivement par les Capsiens (à partir de -8 000 avant J-c), dont les traces les plus anciennes ont été retrouvés en Tunisie, et qui datent de huit mille ans avant Jésus Christ. Les Capsiens sont des Homo Sapiens. Ils sont les véritables ancêtres de toutes les civilisations méditerranéennes, même si, minoritairement, les hommes de Mechta continuent d’exister, mêlés à la population, pendant plusieurs milliers d’années, jusqu’à l’antiquité romaine. Ainsi, dans des nécropoles des premiers siècles après Jésus Christ, près de dix pour cent des squelettes retrouvés sont encore de morphologie Mechtoïde. Il est donc maintenant certains que l’Homo Sapiens s’installe au Maghreb soit à la même époque qu’en Europe, soit, et c’est l’hypothèse la plus probable, au moins plusieurs centaines d’années auparavant. Il est même possible qu’ils soient à l’origine des peuples européens, en Espagne, en France et en Italie, puisque la Mer Méditerranée n’était pas un obstacle insurmontable pour les hommes de cette époque. Cette hypothèse reste toutefois controversée : il est en effet tout à fait possible que le peuplement de l’Europe se soit fait à la fois par le Sud (les Capsiens) mais aussi par l’Est (les Indo-européens), dont on sait que le peuplement est également très ancien. Les Capsiens se montrent, dès le paléolithique, très habiles à la confection d’objets - haches, burins, pressoirs - qui témoigne d’une civilisation déjà très avancée. Mais surtout, ils laissent un art remarquable, sous forme de gravures rupestres, dont les motifs annoncent l’art berbère. Ils descendent ensuite vers le sud, et atteignent le Sahara. Là, ils rencontrent les hommes de race noire, comme en attestent les peintures murales qu’ils nous ont laissé .Leur civilisation dura sans doute six mille ans, puisque l’on pense qu’elle fut supplanté vers - 2000 avant J-c par la première civilisation Berbères, qui en est selon toute vraisemblance issue. Au Néolithique, les principaux éléments fondateurs de la culture Berbère sont déjà en en place. Langue, Art, Religion, Rites Funéraires, cette civilisation se montre d’une richesse culturelle remarquable. Le Néolithique est d’ailleurs une véritable révolution. Outre la naissance de l’agriculture et de l’élevage, on sait que dès cette époque des échanges se développent entre les populations d’Europe et d’Afrique. Il est donc clairement établi que les Berbères peuplent le Maghreb depuis environ dix mille ans. Cette ancienneté fait que leur civilisation est l’un des plus anciennes connues. A ce titre, ils méritent le titre d’autochtone du Maghreb.

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