Maroc-Algérie : Les dessous d’un quiproquo diplomatique

- 07h49 - Maroc - Ecrit par :

Il y a un mois, Rabat a annulé le visa d’entrée pour les Algériens, afin de baliser le terrain à un dialogue politique sur le Sahara. Sans consulter Alger qui, un mois plus tard, n’a toujours pas rendu la pareille. Chronique d’un malentendu.

L’histoire du couple Maroc-Algérie est faite d’incompatibilités d’humeur, de fiertés réciproques, de ruptures douloureuses, de mains tendues et de malentendus. La lune de miel ratée pendant ce mois d’août est un concentré de ces relations tumultueuses. Tout commence par un geste de pacification symbolique fait par le roi Mohammed VI, le 30 juillet. Il biffe, alors, la décision prise précipitamment, au lendemain de l’attentat de l’Atlas Asni en août 1994, d’instaurer un visa pour les ressortissants algériens.

L’annulation du visa est décidée officiellement pour "le rapprochement des deux peuples" et officieusement pour "obtempérer aux demandes hispano-américano-françaises et baliser le dialogue entre les deux pays voisins sur la question du Sahara". Après deux jours de tâtonnements, la réponse algérienne atterrit le 2 août sur le bureau de Kofi Annan. Le président Abdelaziz Bouteflika, indifférent à l’invite de Mohammed VI, prend à témoin le secrétaire général de l’ONU sur les relations bilatérales avec le Maroc et la position algérienne par rapport au Sahara. Il fait ainsi savoir au monarque, par personne interposée, sa "volonté sincère de développer ces relations", mais considère "qu’il n’y a aucune raison pour que la question du Sahara interfère dans ces rapports", d’autant, estime-t-il, que c’est "un problème de décolonisation qui concerne le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination" et que "l’Algérie n’a pas une part directe dans ce conflit".

Ainsi commence un jeu d’échecs passionnant. Dans l’entourage du Palais de Tanger, d’où l’annonce royale a été faite, on estime que "l’initiative marocaine demande d’abord que les Algériens lui renvoient l’ascenseur. Quant au dialogue sur le Sahara, il faudrait l’entamer avant d’en préjuger". Dans l’entourage du Palais d’El Mouadia, la réplique ne tarde pas : on en veut au Maroc d’avoir "avancé le premier ses pions". Dix jours après la lettre-camouflet de Bouteflika, le ministre des Affaires étrangères marocain, Mohamed Benaïssa rêve d’un sommet informel avec ses homologues, Belkhadem et Moratinos, à Asilah. À la dernière minute, le chef de la diplomatie algérienne, normalement invité par la fondation du festival pour gloser sur "les relations euro-méditerranéennes", leur fait faux bond, prétextant de la visite chez lui de Taleb Ibrahimi, l’envoyé de l’ONU en Irak.

Passons. Plus d’une semaine plus tard, une "source autorisée", proche de Bouteflika, qui s’avère être le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni (Marocain d’origine), reprend à son compte la formule réitérée par la presse locale : l’annulation du visa a été "une action unilatérale du Maroc". Les Algériens accusent alors le Makhzen de les prendre de haut et de chercher à glaner les dividendes de l’opération. Ce à quoi un haut responsable marocain rétorque : "Nous avons pris la décision de 2004 comme celle de 1994, en toute souveraineté". Voilà où nous en sommes. Ce qui au départ devait s’apparenter à une invitation à l’apaisement est devenu un prétexte de suspicion. Un dialogue de sourds entre deux sensibilités à fleur de peau.

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