Maroc : À plus de 70 ans et atteint d’un cancer, une clinique lui réclame 5000 DH avant de l’hospitaliser

- 23h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Atteint d’un cancer et couvert par l’assurance maladie, Brahim affirme avoir dû faire face à plusieurs demandes d’avance dans une clinique privée de Marrakech. Jusqu’à 5000 dirhams lui auraient été réclamés avant une hospitalisation, provoquant des heures de discussions avec sa famille.

Le septuagénaire a appris il y a environ deux mois qu’il était atteint d’un cancer. Après avoir commencé son parcours de soins dans un hôpital public, il s’est tourné vers une clinique privée de Marrakech pour suivre une chimiothérapie, rapporte Al3omk.

Dès la première séance, son fils affirme que l’établissement a réclamé 4500 dirhams d’avance. Brahim ne disposant pas de cette somme, l’un de ses accompagnateurs aurait remis un chèque qui, selon la famille, serait toujours détenu par la clinique.

Le patient dispose pourtant d’une couverture médicale ainsi que d’un document relatif à sa maladie chronique. Ses proches estimaient donc n’avoir à régler que l’éventuel reste à charge. La question des chèques de garantie réclamés par certaines cliniques privées avait déjà provoqué l’intervention du ministère de la Santé.

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Début août, son état se dégrade fortement. Ses analyses montrent, selon sa famille, une importante baisse de ses défenses immunitaires. Il retourne dans la même clinique, où exerce son médecin traitant. Une nouvelle avance de 5000 dirhams lui aurait alors été demandée avant son admission et les examens.

Cette fois, la famille refuse de payer. Après plusieurs discussions, Brahim est finalement hospitalisé sans verser l’avance. Il reste quatre nuits dans l’établissement.

Trois heures de discussion avant une nouvelle hospitalisation

Deux jours après sa sortie, son état se détériore encore. De retour à la clinique, ses proches affirment que la même somme de 5000 dirhams est réclamée. Ils refusent de nouveau. Il faudra environ trois heures de discussions et l’intervention d’un responsable pour que le malade soit admis sans paiement préalable.

Après cinq nouvelles nuits, un autre différend apparaît au moment de la facturation. La famille affirme avoir été invitée à régler le reste à charge ainsi qu’une autre facture d’un montant voisin. Elle dit aussi que la clinique a refusé de remplir un formulaire destiné à la CNSS pour certaines consultations et prestations.

La réglementation apporte une précision importante. L’article 75 de la loi 131.13 relative à l’exercice de la médecine prévoit que, dans le cadre du tiers payant, une clinique ne peut réclamer à un assuré une garantie en espèces, par chèque ou par tout autre moyen de paiement, sauf pour le montant restant effectivement à sa charge. Un reçu doit également être remis pour toute somme encaissée au titre des soins.

Le délégué provincial du ministère de la Santé à Marrakech, interrogé par Al3omk, qualifie pour sa part la demande d’avance d’« illégale ». Il rappelle que les patients peuvent signaler au ministère les difficultés d’accès aux soins et les pratiques qu’ils estiment contraires à la réglementation.

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Les cliniques privées avancent une autre explication. Redouane Semlali, président de leur association, estime que la tarification nationale de référence, datant de 2006, ne correspond plus au coût réel des soins. Il affirme également que les cliniques peuvent demander des garanties dans les situations ordinaires afin de sécuriser leurs créances, tout en assurant qu’aucune avance ne doit retarder des soins lorsque la vie du patient est menacée.

Pour Brahim, cette controverse s’est traduite très concrètement : selon sa famille, l’argent s’est invité à plusieurs reprises dans son parcours de soins alors qu’il lutte contre un cancer. Son cas relance une question sensible au Maroc : jusqu’où une clinique privée peut-elle faire dépendre l’accès aux soins du paiement préalable d’un patient pourtant assuré ?