Maroc : le cash explose
La progression devait ralentir après les opérations de régularisation fiscale. Elle a finalement pris une ampleur inattendue. En dépit de la multiplication des cartes bancaires, des portefeuilles mobiles et des paiements numériques, les espèces occupent une place toujours plus importante dans l’économie marocaine.
La monnaie fiduciaire en circulation a bondi de 18,5 % en 2025 pour atteindre 491 milliards de dirhams, selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib. Ce montant représente 28,5 % du produit intérieur brut, un ratio que la Banque centrale classe parmi les plus élevés à l’échelle internationale.
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L’accélération est d’autant plus spectaculaire que la hausse annuelle moyenne du cash s’était limitée à 6,2 % entre 2010 et 2019. Elle était ensuite passée à 10,6 % entre 2020 et 2024, sous l’effet notamment de la pandémie et de la demande d’argent liquide constituée par précaution. En 2024, la progression avait ralenti à 5,2 %, en lien avec l’opération de régularisation volontaire de la situation fiscale des particuliers.
Bank Al-Maghrib s’attendait donc à un retour progressif vers le rythme observé avant la pandémie. C’est l’inverse qui s’est produit. La Banque centrale attribue cette envolée à l’accélération de l’activité économique, à la forte hausse des recettes touristiques, soutenues en fin d’année par la Coupe d’Afrique des nations, ainsi qu’au versement, à partir de novembre, de l’aide directe aux éleveurs dans le cadre de la reconstitution du cheptel.
Le numérique ne détrône pas les billets
Cette progression ne s’explique toutefois pas seulement par la conjoncture de 2025. Le commerce, le bâtiment et les travaux publics ainsi que certaines professions libérales restent des secteurs où les règlements en espèces sont très répandus. L’incertitude économique pousse également une partie de la population à conserver de l’argent liquide par précaution ou à le thésauriser.
L’importance de l’économie informelle constitue un autre facteur central. Bank Al-Maghrib estime qu’elle représentait en moyenne 34 % du PIB entre 2021 et 2023, contre environ 30 % entre 2009 et 2019. La Banque évoque aussi des phénomènes plus difficiles à mesurer, comme l’évasion fiscale, les flux financiers illicites et les activités illégales.
Cette domination du cash persiste malgré les progrès de la bancarisation. En 2024, 58 % des adultes marocains détenaient un compte bancaire, contre 53 % en 2020. Le pays comptait également 22,6 millions de cartes bancaires et 13,7 millions de portefeuilles mobiles, auxquels s’ajoute la dématérialisation progressive des paiements administratifs et des aides sociales.
Pour Bank Al-Maghrib, cette dépendance aux espèces entraîne des coûts importants de production, de gestion et de distribution des billets et des pièces. Elle accroît aussi les risques liés aux vols, aux activités illicites et à l’évasion fiscale.
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La Banque préconise notamment de faciliter l’accès aux services financiers dans les zones rurales, de dématérialiser les prestations de la CNSS et les taxes locales, d’équiper les commerçants en terminaux de paiement moins coûteux et de généraliser la facturation électronique. Elle propose également une plateforme de paiement instantané reposant sur un QR code interopérable et un plafonnement des frais d’interchange à 0,65 %.