Le grand paradoxe marocain : la carte bancaire sert surtout à retirer du cash

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Malgré un arsenal grandissant et plus de 21 millions de cartes bancaires en circulation, l’économie marocaine demeure fondamentalement attachée à l’argent liquide. Pour la majorité des citoyens, la carte sert avant tout à retirer des espèces.

Les chiffres de la fin septembre 2025 sont éloquents. La circulation fiduciaire a franchi un cap historique en atteignant 467,7 milliards de dirhams, ce qui représente une progression de près de 10 % sur une année. Ce record montre une contradiction frappante : bien que le royaume affiche un parc de 21 millions de cartes et une progression du commerce électronique, cet outil reste détourné de sa fonction première. Au lieu de payer directement leurs achats, une grande majorité d’usagers utilisent leur carte bancaire comme un simple laissez-passer vers le guichet automatique, souligne le magazine Finances News Hebdo.

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Cette hégémonie du cash s’enracine dans des pratiques culturelles tenaces et s’appuie sur le poids écrasant de l’économie informelle. Si l’amnistie fiscale de 2024 avait temporairement ramené des liquidités dans le circuit officiel, l’année 2025 a balayé cette dynamique en renouant avec une forte hausse de la monnaie en circulation. Du côté de l’offre, le terminal de paiement classique effraie encore les petits commerces par ses coûts et ses contraintes techniques. Pour contourner cet obstacle, des alternatives légères émergent, à l’image du paiement par QR Code sur smartphone lancé par Cash Plus, visant à démocratiser le digital sans nécessiter d’infrastructures lourdes.

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Cependant, les experts du secteur s’accordent à dire que la bataille ne se situe plus sur le terrain de la technologie ou de la réduction des coûts, les infrastructures étant désormais prêtes et matures. Le véritable défi est de nature comportementale. Pour espérer détrôner l’argent liquide de sa position de force, les solutions dématérialisées doivent conquérir les transactions du quotidien. Tant qu’un paiement numérique ne sera pas perçu comme aussi fluide, spontané et anonyme qu’une pièce glissée pour régler un café, une course en taxi ou des courses chez l’épicier, le billet de banque conservera la confiance absolue des Marocains.

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