Au Maroc, la Coupe du monde efface des quartiers populaires
La métamorphose urbaine exigée par la Coupe du monde de football s’opère au détriment de quartiers populaires entiers au Maroc. Des milliers d’habitations disparaissent sous les pelleteuses pour laisser place à des projets immobiliers de grand standing.
L’organisation de la compétition sportive pousse les autorités marocaines à moderniser les infrastructures à marche forcée pour offrir l’image d’un pays avancé. Cette frénésie, symbolisée par un futur stade de 115 000 places, passe par la destruction accélérée de zones résidentielles érigées dans une grande anarchie urbanistique. Cette précarité structurelle s’est tragiquement illustrée à Fès, où des effondrements d’immeubles ont récemment coûté la vie à 22 résidents surpris dans leur sommeil, puis à 15 autres personnes le 21 mai dernier.
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À Casablanca, cette volonté de rénovation ressuscite le colossal projet de l’Avenue Royale, ajourné depuis trente ans. Sur un périmètre de 320 hectares, les engins de chantier s’activent pour raser plus de 16 000 logements et 2 500 locaux commerciaux. Ce nouvel axe de 1,5 kilomètre reliera la mosquée Hassan II au centre-ville avec un aménagement fastueux comprenant des espaces verts, des résidences luxueuses, un palais des congrès, un théâtre national et une nouvelle gare routière.
Face à ce bouleversement massif de la capitale économique, un consortium réunissant les administrations publiques et la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) pilote les opérations. Cette entité d’investissement public assume la lourde responsabilité de reloger les milliers de familles expropriées dans des constructions neuves et de réorganiser les activités marchandes balayées par le chantier.
La façade maritime de la capitale administrative subit un sort similaire. Dans le quartier de L’Océan, mitoyen de la médina historique de Rabat, des centaines de bâtisses ont été réduites en ruines. L’objectif est de transformer une route côtière détériorée en une promenade touristique et commerciale s’étirant de la kasbah des Oudayas jusqu’au nouvel hôtel de luxe Four Seasons.
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Cependant, ces démolitions suscitent une vive controverse. Comme le rapporte El Pais, les destructions ont débuté plus d’un an avant la publication en mars dernier du décret d’utilité publique autorisant les expropriations. L’opposition dénonce l’opacité du processus, la faiblesse des indemnités et le flou entourant les solutions de relogement proposées aux habitants les plus vulnérables de ce district.