Maroc : Les enseignants réclament 10 000 DH de prime, la facture des fonctionnaires a déjà bondi de 54 %

- 18h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

Prime annuelle de 10 000 DH, samedi chômé, promotions rétroactives, sanctions effacées : les nouvelles revendications des enseignants relancent une question plus large. Alors que les dépenses de personnel de l’État ont bondi de 54 % en dix ans, jusqu’où les finances publiques peuvent-elles suivre ?

À l’approche des élections de 2026, l’Union nationale de l’enseignement (UNE) demande aux partis politiques de reprendre quinze engagements dans leurs programmes. Parmi eux : généraliser une prime annuelle de 10 000 dirhams aux enseignants des établissements pionniers, faire du samedi un véritable jour de repos et ne plus imposer de réunions ou formations après 16h30.

Sur Bladi.net : Au Maroc, le salaire moyen des fonctionnaires atteint 10 600 DH, mais cache une autre réalité

La liste va beaucoup plus loin. Le syndicat réclame des promotions avec effets administratifs et financiers rétroactifs pour certaines catégories, la régularisation des diplômés de l’échelle 9, le retrait des sanctions infligées aux enseignants suspendus pendant les mouvements de grève et le rétablissement de promotions dont certains auraient été privés.

Prises séparément, chacune de ces demandes peut être défendue. C’est même le rôle d’un syndicat de défendre les intérêts matériels et professionnels de ses adhérents. Mais leur accumulation pose une question rarement présente dans les revendications sectorielles : combien toutes ces mesures coûtent-elles lorsqu’on additionne les demandes de l’Éducation à celles des autres corps de la fonction publique ?

Les effectifs baissent, la facture augmente

Les chiffres du ministère des Finances donnent une autre dimension au débat. Les dépenses de personnel de l’État sont passées de 116,86 milliards de dirhams en 2015 à 180,27 milliards en 2025, soit une hausse de 54,27 %, selon le rapport officiel sur les ressources humaines. Dans le même temps, les effectifs budgétaires civils sont passés de 585 503 à 576 062 fonctionnaires.

Pour 2026, les dépenses de personnel inscrites au budget atteignent même 195,33 milliards de dirhams. Cette augmentation ne résulte évidemment pas des seules revendications syndicales : recrutements, avancements, revalorisations et différentes mesures de dialogue social interviennent dans la facture. L’État a notamment accordé ces dernières années plusieurs améliorations salariales, dont une hausse générale de 1 000 dirhams nets mensuels versée en deux tranches aux personnels concernés.

Le débat dépasse donc le cas des enseignants. Dans chaque secteur, les revendications répondent à des situations concrètes : pouvoir d’achat, carrière, conditions de travail ou rattrapages accumulés. Mais chaque corporation regarde naturellement ce qu’elle estime lui être dû, tandis que les finances publiques doivent, elles, additionner toutes les demandes.

Sur Bladi.net : Le samedi libre rallume la colère des enseignants au Maroc

C’est là que la logique corporatiste atteint sa limite. Une prime de 10 000 dirhams peut paraître raisonnable vue depuis une salle de classe ; une revalorisation salariale peut l’être depuis un hôpital ou une administration. Mais le budget de l’État ne les examine jamais séparément. Avec près de 195,3 milliards de dirhams désormais consacrés au personnel, la question n’est plus seulement de savoir quelles revendications sont légitimes. Elle est aussi de déterminer combien le Maroc peut encore en financer sans faire payer la facture ailleurs.