« Le Maroc n’est plus le frère cadet de la France »

- 20h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

Alors que les relations entre Rabat et Paris sont difficiles, Dominique Lafont, ex-patron de Bolloré Africa Logistics, et par ailleurs vice-président pour l’Afrique du Medef International estime que le « Maroc n’est plus le cadet de la France ».

Dans une interview accordée à L’Express, Dominique Lafont, ancien patron de la division transport et logistique en Afrique, de 2003 à 2014, du groupe Bolloré – cédée depuis à l’armateur MSC – dit constater la perte d’influence économique de la France en Afrique en général et au Maroc en particulier. « À la fin des années 1990, la France avait une place prééminente en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest, rappelle-t-il. Aujourd’hui, le sujet pour une entreprise française consiste à faire face à une concurrence bien plus forte qu’il y a 20 ans. Les investissements français en valeur relative ont beaucoup baissé par rapport au début des années 2000, ce qui était inéluctable, tandis que les investissements des pays émergents ont grimpé, en provenance de la péninsule arabique, d’Asie, du sous-continent indien, d’Amérique latine… et d’Afrique. »

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Selon lui, le continent est entré dans la globalisation. « Les investissements étrangers affluent de partout et les flux intra africains se multiplient. Le Maroc, par exemple, investit en Afrique de l’Ouest. Certaines entreprises africaines se développent et investissent dans d’autres pays, à l’image du sénégalais CSTT-AO, qui opère en Afrique du Sud et est en train de s’implanter aux États-Unis et en Australie. C’est un mouvement long et continu, poussé par des hommes d’affaires africains qui ont compris que la croissance passait par la régionalisation. En revanche, certains États vont connaître des reculs très inquiétants. Il va falloir que des pays africains s’impliquent eux-mêmes davantage dans la stabilisation de leurs voisins », analyse celui qui a sillonné l’Afrique pendant 20 ans et en connaît les subtilités.

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Si le continent reste très attractif, « les perspectives de croissance sont très hétérogènes d’un pays à l’autre », souligne Lafont, notant que « la question de la sécurité se pose avec de plus en plus d’acuité ». Selon ses explications, les pays africains qui sont en croissance vont devoir se préoccuper de leur environnement régional. « Le Maroc, par exemple, a besoin que la Mauritanie et le Sénégal soient stables. Ce qui veut dire que la coopération interrégionale doit se renforcer », insiste le patron de la société Lafont Africa Corporation. Il assure par ailleurs qu’il y a « d’autres facteurs positifs qui gagnent en puissance, notamment ceux liés à une main-d’œuvre davantage formée. On trouve aujourd’hui plus facilement des cadres supérieurs et dirigeants africains. Et les perspectives de croissance longue demeurent inégalées. »

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Lafont évoque la nouvelle génération de dirigeants formée de jeunes cadres exécutifs « qui ont eu accès à une formation internationale, sont décomplexés et parlent anglais » au détriment du français, qui, selon lui, « perd de l’influence en Afrique ». « Aujourd’hui, pour reprendre l’exemple du Maroc, les Marocains ont la volonté de développer leurs relations avec le reste du monde, notamment les milieux saoudiens, brésiliens, mexicains, anglophones… Cela se fait à l’encontre de l’influence française, qui est vouée, inexorablement, à se réduire. Le Maroc n’est plus le frère cadet de la France », conclut-il.

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