Le Maroc poursuit à tour de bras la presse indépendante

- 14h43 - Maroc - Ecrit par : L.A

Après avoir fait saisir les magazines "TelQuel" et "Nichane", le régime de Mohammed VI inculpe le directeur des deux hebdos. Cette nouvelle affaire témoigne d’un durcissement du régime à l’égard de la presse.

A un mois des élections législatives, l’affaire jette une nouvelle ombre sur les relations détestables entre la presse indépendante et le royaume marocain de Mohammed VI.

Le directeur des magazines marocains TelQuel (francophone) et Nichane (arabophone) saisis ce week-end a été inculpé lundi de « manquement au respect dû à la personne du roi » mais comparaîtra libre à son procès qui doit s’ouvrir le 24 août. Samedi et dimanche, Ahmed Benchemsi avait été interrogé durant vingt heures par la police. Avant d’être présenté à un procureur de Casablanca, Ahmed Benchemsi avait reproché aux autorités d’avoir lancé une « offensive généralisée contre la presse ».

Lundi, Ali Ammar, directeur du Journal Hebdomadaire a également accusé le pouvoir de « terroriser la chaîne de production de la presse indépendante » après le retard de plusieurs heures constaté dans l’impression de l’édition de lundi : l’imprimeur affirmait vouloir obtenir l’aval du ministère de la Communication. La directrice générale de ce ministère a cependant « catégoriquement démenti avoir demandé ou reçu un tel exemplaire pour avis. C’est absolument faux », a affirmé à l’AFP Fatiha Layadi. L’éditorial d’Ahmed Benchemsi, écrit en darija (dialecte arabe marocain) sur le mode de l’interpellation, critiquait les propos du roi Mohammed VI lors de son discours du trône prononcé le 30 juillet, concernant les élections législatives du 7 septembre. En revanche, aucune poursuite n’a été engagée contre Nichane pour son dossier intitulé Le sexe dans la culture islamique, illustré de tableaux de peinture et accompagné de citations d’anciens poètes et auteurs arabo-musulmans sur la sexualité.

Lundi, le Comité de protection des journalistes a condamné la saisie et la destruction partielle des magazines, samedi : un « acte flagrant de censure », selon l’ONG américaine de défense de la presse. En juillet, CPJ avait déjà indiqué que le royaume marocain était « l’un des Etats au monde où la liberté de la presse avait particulièrement régressé ces dernières années ».

En janvier, deux journalistes de Nichane avaient été condamnés à trois ans de prison avec sursis et une amende de 80.000 dirhams (7.220 euros) pour avoir publié un dossier intitulé « Comment les Marocains rient de la religion, du sexe et de la politique ». Ils avaient été condamnés pour « diffamation envers l’islam et la monarchie ».

« C’est vraiment le retour aux années 70 où toutes les publications marocaines devaient être soumises à la censure préalable », a affirmé pour sa part Ali Ammar, le directeur du Journal Hebdomadaire. Cet hebdo, ainsi que TelQuel et Nichane sont fabriqués par l’imprimerie Idéale à Casablanca. Interrogé par l’AFP, le patron de l’imprimerie Youssef Ajana a confié avoir envoyé « pour avis et par précaution » au ministère de la Communication un exemplaire du Journal Hebdomadaire.

Il a ensuite, de son propre chef, décidé d’imprimer le magazine. Le Journal Hebdomadaire présentait cette semaine un numéro spécial de 100 pages sur « un siècle de révolution sociale au Maroc à travers la photographie ».

En outre, le directeur et un journaliste d’Al Watan al An, sont inculpés après la publication le 14 juillet d’un dossier intitulé « les rapports secrets derrière l’état d’alerte au Maroc », en citant des « documents confidentiels ». Le procès doit se poursuivre mardi devant le tribunal correctionnel de Casablanca qui a maintenu en détention le journaliste Mustapha Hormatallah et laissé en liberté provisoire le directeur Abderrahim Ariri.

Mardi également se poursuit le procès du directeur de l’hebdomadaire Al-Ousbou, Mustapha Alaoui, inculpé pour « diffusion, de mauvaise foi, de fausses nouvelles », à propos des négociations entre le royaume marocain et le Polisario sur le Sahara. La couverture des élections législatives risque d’être très compliquée pour la presse marocaine.

Arnaud Vaulerin - Libération

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