Le Maroc cherche la parade aux kamikazes

- 00h01 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les autorités marocaines ont démantelé un réseau terroriste après l’explosion d’un kamikaze dans un cybercafé de Casablanca. L’attentat a relancé les craintes de violences islamistes.

Au printemps 2003, au lendemain des cinq attaques suicides du 16 mai, Casablanca découvrait avec effroi qu’elle avait engendré dans sa périphérie une génération de kamikazes. Les auteurs des sanglants attentats (45 morts, dont 12 terroristes) commis dans le centre de la capitale économique du royaume venaient tous de Sidi Moumen, un bidonville de la banlieue nord.

En 2003, un nouvel ordre régnait à Sidi Moumen, celui des extrémistes religieux. Des caïds sortis des mosquées clandestines s’étaient autoproclamés émirs tandis que des bandes de barbus en djellaba blanche imposaient leurs règles dans le ghetto. Organisés en milices, ils étaient armés de sabres et de couteaux. Les kamikazes se distinguaient par leur pauvreté et leur ignorance. Certains n’avaient sans doute jamais vu le centre-ville avant de se faire sauter. Et ils n’avaient rien trouvé de mieux pour causer un maximum de victimes « sionistes » que de viser un centre israélite un jour de shabbat et un cimetière juif en pleine nuit.

Quatre ans plus tard, les partisans de l’islam radical optent pour un profil bas. Raflés par la police, ils ont été presque tous jetés en prison. Mais Sidi Moumen reste une zone de non-droit où des marginaux issus de milieux sociaux désintégrés s’entassent dans des taudis sans eau courante, et parfois sans électricité. Les masures sont construites de bric et de broc. Les rues ou ce qui en tient lieu n’ont pas de numéro et les habitants ne disposent pas tous de cartes d’identité.

Sidi Moumen demeure une cité maudite parcourue par des carrioles en bois tirées par des ânes sur des chemins défoncés. Les marchands ambulants remplacent les boutiques. Quelques cybercafés ont vu le jour. C’est dans l’un d’eux qu’Abdelfattah Raydi a déclenché sa ceinture d’explosif le 11 mars dernier. Repéré par le responsable des lieux en raison de son comportement suspect, le partisan du djihad électronique a préféré mourir plutôt que d’être capturé. Il était corseté d’une gaine contenant du désherbant. Arrêté après les attentats de Casablanca pour appartenance à la Salafyia Islamia, il avait retrouvé la liberté à l’occasion d’une grâce en novembre 2005. « Le kamikaze circulait depuis quatre jours avec sa ceinture d’explosifs qu’il avait fabriquée lui-même », précise un haut responsable marocain qui a requis d’anonymat.

Crise identitaire

Sa mort a relancé les craintes d’un regain de terrorisme. Depuis plusieurs semaines, des rumeurs sur des attaques djihadistes de grande ampleur circulent aussi bien au royaume chérifien que dans les milieux antiterroristes parisiens. Elles sont entretenues par la création d’al-Qaida Maghreb, une nouvelle organisation censée unifier sous une bannière commune le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), très actif dans les maquis en Algérie, et des groupuscules libyens, marocains et tunisiens. Rabat a discrètement renforcé son niveau d’alerte tandis que le Quai d’Orsay appelle sur son site les voyageurs à la prudence. « L’affaire de Sidi Moumen n’a pas de rapport direct avec al-Qaida ou l’arrestation récente de Saad Houssaïni, le cerveau des attentats de Casablanca, mais nous restons sur nos gardes », affirme le haut responsable marocain. Interrogé sur des menaces visant des intérêts français ou des personnes de nationalité française, il dément catégoriquement. « Nous n’avons aucune précision de cette nature », insiste-t-il.

L’enquête sur le kamikaze du bidonville a conduit à l’arrestation de huit complices mais quatre membres du réseau courent toujours. « Des explosifs pouvant servir à la confection de douze ceintures de 500 grammes ont été saisis. Les individus arrêtés avaient également confectionné un poison composé de rats morts, de citron et de produits toxiques qui avaient macéré pendant plusieurs mois », révèle le haut responsable. Hier, en réaction à l’attentat du 11 mars, les autorités ont commencé à détruire une partie du quartier en affichant leur intention de raser l’ensemble du bidonville.

S’il prend racine dans le terreau social, le radicalisme nihiliste est avant tout alimenté par une crise identitaire. Il se développe sur fond de guerre en Irak. Les grandes métropoles, symboles d’un « Occident corrompu », sont ainsi dans la ligne de mire. Selon la police, les terroristes de Sidi Moumen s’étaient fixé des objectifs administratifs et touristiques à Casablanca mais aussi à Marrakech, « la nouvelle Sodome et Gomorrhe », à Essaouira, « la capitale des Juifs », et à Tanger, « La Mecque des trafiquants ».

Le Figaro - Thierry Oberlé

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