Le Maroc teste un système de vote électronique par reconnaissance faciale et blockchain

- 15h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Des chercheurs marocains ont testé à Nador un système de vote électronique combinant reconnaissance faciale, blockchain et fonctionnement sans internet. Expérimenté auprès de 300 participants, le dispositif a permis de valider 287 votes. Il ne s’agit toutefois pas d’un projet officiel des autorités.

Baptisé AdaptVote, le système a été développé par des chercheurs de l’Université Mohammed Premier d’Oujda et de l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan. Leurs travaux viennent d’être publiés dans le Journal of Cybersecurity and Privacy.

Le prototype doit permettre d’organiser un vote électronique même dans des zones où la connexion internet est instable. L’électeur est identifié par reconnaissance faciale, son bulletin est enregistré localement et les données sont synchronisées lorsque le réseau redevient disponible.

L’expérience a été menée en décembre 2024 sur le campus de l’Université Mohammed Premier à Nador. Deux bureaux ont fonctionné pendant douze heures avec 300 participants. Pour tester le dispositif dans des conditions difficiles, la connexion au réseau a volontairement été interrompue pendant 65 % de l’expérience.

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Au total, 287 votes ont été enregistrés et intégrés au décompte final. Le système est resté disponible 99,2 % du temps et l’identification faciale a fonctionné dès la première tentative pour 95,7 % des participants.

Reconnaître un électeur avec une ancienne photo d’identité

L’un des défis étudiés concerne le vieillissement du visage. Une photographie figurant sur une pièce d’identité peut avoir plusieurs années et ne plus correspondre exactement à l’apparence de son détenteur.

Les chercheurs ont donc associé la reconnaissance faciale à l’analyse de caractéristiques du visage qui évoluent moins avec l’âge. Lors de tests en laboratoire sur des photos séparées de six à dix ans, leur système a atteint un taux de reconnaissance de 96,7 % selon le seuil retenu dans l’étude.

AdaptVote utilise également une blockchain pour sécuriser l’enregistrement des bulletins et empêcher le double vote. Le système est conçu pour séparer l’identité de l’électeur de son choix électoral.

La reconnaissance faciale est déjà utilisée dans plusieurs dispositifs de sécurité au Maroc, mais son application au vote impose des exigences supplémentaires en matière de confidentialité, de fiabilité et de protection contre les erreurs d’identification.

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L’expérience de Nador a également montré un gain de temps important. Le vote électronique a pris en moyenne 2,1 minutes par personne, contre 4,5 minutes avec le bulletin papier utilisé pour la comparaison, soit une réduction de 53,3 %.

Les chercheurs restent néanmoins prudents. Un test auprès de 300 personnes ne permet pas de garantir que le système conserverait la même fiabilité lors d’une élection impliquant plusieurs millions d’électeurs. Ils identifient notamment comme priorité la réduction du nombre de personnes légitimes pouvant être temporairement refusées par la reconnaissance faciale.

Les auteurs présentent leur technologie comme particulièrement adaptée aux régions où les coupures d’internet rendent difficile le déploiement de systèmes de vote entièrement connectés.

AdaptVote reste pour l’instant un prototype universitaire. Aucune décision des autorités marocaines ne prévoit son utilisation lors des prochaines élections. Mais l’expérience menée à Nador démontre qu’un vote électronique combinant biométrie et blockchain peut fonctionner au Maroc pendant plusieurs heures avec une connexion largement indisponible.