Le Maroc ne veut plus seulement assembler ses blindés, il va aussi fabriquer leurs armes

- 17h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans son industrie militaire. Dès mars 2027, des tourelles fabriquées localement équiperont les blindés de son armée. Deux usines, des ingénieurs marocains et des projets d’exportation vers l’Europe accompagnent cette montée en puissance.

Les premiers équipements sortiront dans moins de six mois. Moroccan Military Industry (MMI), filiale du groupe israélien Elbit Systems, prévoit de livrer dès mars 2027 ses premières tourelles de combat aux Forces armées royales. L’annonce a été faite jeudi 8 octobre par son directeur général, Kaduri Naor, interrogé par Reuters en marge du salon aéronautique de Marrakech.

Sur Bladi.net : Défense : le Maroc commande des tourelles israéliennes pour 277 millions de dollars

Ces tourelles sont destinées aux blindés WhAP 8×8 de l’indien Tata, déjà assemblés à Berrechid. Jusqu’ici, le Maroc avait surtout misé sur la fabrication locale des véhicules et de leurs premières coques. Il s’attaque désormais à leur armement, avec un accord portant également sur la production des munitions correspondantes.

Pour y parvenir, MMI dispose d’une installation dédiée aux systèmes d’armes dans la zone industrielle Midparc, près de Casablanca. Une seconde usine prend forme à Sidi Yahya, au nord de Rabat, pour fabriquer des munitions de moyen et gros calibre. Le groupe israélien transfère ainsi une partie de ses activités industrielles sur le territoire marocain, dans le cadre de la coopération militaire engagée entre Rabat et Tel-Aviv depuis 2021.

Une nouvelle arme contre les drones fabriquée au Maroc

Mais l’entreprise travaille déjà sur un autre équipement. Face à la multiplication des drones bon marché sur les champs de bataille, elle développe une version de sa tourelle spécialement conçue pour les intercepter.

« La menace coûte très peu cher, alors que les systèmes de défense sont plus coûteux », explique Kaduri Naor. Son entreprise mise sur une solution moins onéreuse, associant un petit radar à des munitions capables de disperser des fragments de tungstène pour détruire un drone en approche. Ces munitions seront elles aussi produites au Maroc.

Un système de mortier automoteur, pouvant être installé sur des véhicules militaires, figure également parmi les projets. Et contrairement à l’image d’une simple usine d’assemblage, MMI affirme que 99 % de ses salariés, ingénieurs compris, sont marocains.

Sur Bladi.net : Le Maroc muscle ses blindés avec de la technologie israélienne

L’ambition dépasse désormais les commandes de l’armée marocaine. Kaduri Naor affirme préparer des exportations vers un pays européen membre de l’OTAN. « Nous aurons un pays européen de l’OTAN vers lequel exporter », assure-t-il à Reuters, sans dévoiler l’identité du futur client.

Pour MMI, les installations marocaines doivent ainsi devenir une base industrielle capable de servir les Forces armées royales, mais aussi des acheteurs étrangers. Une perspective qui donnerait au royaume une place nouvelle dans les chaînes de production et de commercialisation d’équipements militaires.