Maroc : la victoire industrielle qui ne règle pas tout
Le Maroc est devenu, pour la première fois, le pays le plus industrialisé d’Afrique devant l’Afrique du Sud. Une percée portée par l’automobile, l’aéronautique et les exportations, mais qui ne règle pas encore les faiblesses de fond de l’économie.
Le Maroc a franchi un cap symbolique. Dans l’édition 2026 de l’indice d’industrialisation de la Banque africaine de développement, qui porte sur l’année 2025, le royaume arrive en tête du continent, devant l’Afrique du Sud et l’Égypte.
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Cette première place consacre une trajectoire engagée depuis plus de vingt ans. Le Maroc a progressivement construit une base industrielle autour de secteurs ciblés, en particulier l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables et les infrastructures logistiques.
Dans une analyse publiée par L’Opinion, plusieurs experts soulignent le rôle de l’État dans cette montée en puissance : zones industrielles, fiscalité attractive, foncier, logistique, aides publiques et capacité à attirer de grands groupes internationaux.
Le port Tanger Med a joué un rôle central dans cette stratégie. Il a permis au Maroc de renforcer son positionnement à l’export, notamment vers l’Europe. L’installation de Renault à Tanger, puis de Stellantis à Kénitra, a structuré un écosystème automobile devenu aujourd’hui le premier secteur d’exportation du pays, devant les phosphates.
Une réussite encore incomplète
Cette performance ne signifie pas que tout le tissu économique marocain profite au même rythme. Le succès de quelques secteurs très visibles masque encore les difficultés d’autres branches industrielles, comme le textile, et l’effet d’entraînement sur le reste de l’économie reste discuté.
La croissance marocaine évolue depuis plusieurs années autour de 3 %, un niveau encore éloigné de celui attendu pour un pays qui veut rejoindre le groupe des économies émergentes. La question de l’emploi industriel reste également sensible. Le ministère de l’Industrie met en avant les créations d’emplois liées aux nouveaux écosystèmes, tandis que le Haut-commissariat au plan observe une dynamique plus contrastée.
Autre fragilité : la dépendance aux capitaux étrangers. Les grands groupes installés dans les zones franches sont majoritairement internationaux. Contrairement à l’Afrique du Sud ou à l’Égypte, le Maroc compte encore peu de grands champions industriels nationaux dans ces filières.
Les investisseurs marocains se dirigent plus facilement vers le commerce, la banque ou la grande distribution, des secteurs jugés plus accessibles et plus rentables à court terme que l’industrie. Or, l’industrialisation demande du temps, des investissements lourds et une intégration plus profonde avec les PME locales.
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Le Maroc a donc gagné une bataille d’image et de positionnement en Afrique. Il a prouvé qu’il pouvait attirer des champions mondiaux et produire pour les marchés internationaux. Le défi est désormais plus difficile : transformer cette vitrine industrielle en moteur plus large pour l’emploi, les entreprises marocaines et la croissance du pays.