Pendant que les Marocains cherchent un rendez-vous, les VIP auraient leur entrée au consulat espagnol

- 09h00 - Maroc - Ecrit par : Said A.

Une intermédiaire marocaine aurait ses entrées au consulat espagnol de Tanger pour faciliter les demandes de visa de hauts responsables. Listes de personnalités, accès aux bureaux et consultation des dossiers : une enquête de presse espagnole décrit un circuit bien éloigné des procédures habituelles.

Une voiture noire qui entre dans l’enceinte du consulat, des listes de personnalités à faire passer en priorité et une femme qui consulte tranquillement l’avancement des dossiers sur les ordinateurs de la représentation diplomatique. La scène, photographiée à plusieurs reprises, intrigue. Dans une enquête publiée mercredi 7 octobre, le journal espagnol The Objective affirme avoir découvert un circuit privilégié permettant à des responsables marocains d’obtenir plus facilement leur visa pour l’Espagne.

Sur Bladi.net : Une affaire de fraude aux visas secoue le consulat d’Espagne à Tanger

Au centre de ce dispositif présumé, une Marocaine d’environ 65 ans, identifiée par les initiales E.BA. Elle se présenterait régulièrement au consulat de Tanger au volant d’un véhicule haut de gamme, avant de rejoindre les bureaux pour remettre des listes de bénéficiaires. Hauts fonctionnaires, responsables politiques, juges ou procureurs du nord du Maroc figureraient parmi les personnes concernées.

Son rôle ne s’arrêterait pas au dépôt des documents. Selon les photographies obtenues par le média, elle pourrait également suivre l’avancement des demandes sur les ordinateurs du consulat, aux côtés d’une employée espagnole. Une liberté de mouvement jugée « complètement irrégulière » par plusieurs sources interrogées par le journal, notamment parce qu’elle concernerait des espaces réservés au traitement des visas.

La consule générale, Aurora Díaz-Rato, présenterait cette intermédiaire comme une agente de liaison avec les tribunaux de Tanger. Une fonction contestée par les interlocuteurs du média, qui assurent que la sexagénaire serait à la retraite. Plus étonnant encore, elle aurait été interdite d’accès au consulat pendant quatorze ans, après avoir été citée dans une ancienne affaire de vente de visas. Une affirmation qui n’a pas fait l’objet d’une confirmation officielle.

Des rendez-vous pour les uns, un accès privilégié pour les autres ?

Ces révélations interviennent alors que le consulat espagnol a précisé, fin août, ses nouvelles modalités de dépôt des demandes de visa. Pour une première demande de visa Schengen, les candidats doivent réserver un créneau sur le site de BLS, avec une ouverture des rendez-vous chaque lundi.

Les voyageurs disposant déjà de plusieurs visas bénéficient, eux, de procédures plus souples. Certains peuvent déposer leur dossier sans rendez-vous, à des jours et horaires précis, dans la limite des places disponibles. Mais ces facilités officielles ne prévoient pas qu’une personne extérieure puisse circuler dans les bureaux consulaires pour suivre les demandes de personnalités choisies.

Le consulat de Tanger avait déjà été éclaboussé par une affaire de fraude aux visas en 2023. Deux employées espagnoles et deux intermédiaires marocains avaient été mis en cause dans une enquête portant sur des visas Schengen prétendument vendus à des candidats marocains.

Sur Bladi.net : Fraude aux visas Schengen à Tanger : la justice sévit

Sollicité par le média espagnol sur l’identité de cette femme, ses autorisations et ses éventuels antécédents au consulat, le ministère des Affaires étrangères à Madrid n’avait apporté aucune réponse au moment de la publication.