Interview de Morjana Alaoui pour la sortie du film "Martyrs"

- 13h21 - Maroc - Ecrit par : L.A

« Très peu de temps avant le début de Martyrs, une autre comédienne était déjà prévue. Mais elle m’a planté. Donc je suis reparti en casting, un peu dans la panique. J’ai rencontré beaucoup de filles différentes pour remplacer la précédente. Je désespérais de la trouver parce que toutes les nanas se ressemblaient. Soit le profil de la jeune comédienne parisienne qui a les mêmes goûts et les mêmes peurs que tout le monde, un peu bridée par son agent. Une amie qui travaille à Canal+ m’a conseillé de voir un film qui s’appelle Marock. Elle m’a dit : "je ne sais pas ce que tu en penseras mais il y a une nana qui joue le rôle principal, elle n’a pas tourné de rôle depuis, je ne comprends pas".

Je vois le film, effectivement grosse claque. Morjana irradie l’écran dans un rôle très difficile. Elle est étrange au premier sens du terme. Elle ne correspond à aucun critère que je connais. Elle a un côté Asia Argento époque Trauma à 20 ans. Elle est fraîche et lumineuse en même temps. Je n’arrive pas à la résumer mais elle me pose suffisamment de questions pour que j’ai envie de la rencontrer. En cinq minutes, je sais que c’est elle. Elle aime beaucoup le scénario et n’est pas encore pourrie par les méfiances du système. Elle aborde le script de manière totalement sensitive, sans essayer de se la jouer théorique ou littéraire. Et je comprends alors qu’elle n’aura pas peur. Ça n’a pas été facile entre elle et moi ; on a travaillé ensemble, il y avait aussi la barrière culturelle : je suis français, elle est marocaine. Elle est né et a grandi à Casablanca jusqu’à ses dix-huit ans. Parfois, j’étais trop français pour elle. Parfois, elle était trop marocaine pour moi. On a mis un certain temps avant de s’apprivoiser. Je ne sais pas d’ailleurs si on a fini par s’apprivoiser totalement. Elle a traversé le film avec une espèce de grâce qui m’a en partie échappé. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à la résumer. Je n’arrive pas à te dire quelle jeune femme elle est. Je trouve son travail époustouflant. » - Pascal Laugier

Qu’avez-vous fait avant d’être révélée dans le film Marock ?

J’ai grandi à Casablanca, où j’ai passé mon bac, puis je suis partie aux Etats-Unis, en Floride pour suivre l’homme de ma vie... et ça n’a pas du tout fonctionné ! Une fois ma relation terminée, je ne voyais pas trop ce que je faisais là-bas et comme j’ai toujours été très attirée par Paris j’y ai intégré l’université américaine où je faisais de la Com et du journalisme. Puis Laïla Marrakchi, que je connais, est venue me proposer Marock, et voilà...

Qu’avez-vous fait après Marock, vous avez reçu des scénarios ?

J’ai passé pas mal de castings et je les ai tous foirés ! Du coup j’étais à une période assez découragée, même si en parallèle je continuais à prendre des cours de théâtre, car j’y croyais toujours. Et juste au moment où j’allais abandonner et me remettre au journalisme, Pascal Laugier est venu m’aborder avec le projet Martyrs.

Justement comment êtes-vous arrivée sur Martyrs ?

C’est un peu particulier, puisque c’est Vahina Giocante qui devait tenir ce rôle, mais pour des raisons personnelles elle s’est désistée au dernier moment. Il fallait donc une actrice un peu dans l’urgence. Peu de temps après j’ai reçu le scénario et j’ai tout de suite voulu absolument faire ce film. J’ai été accrochée par l’histoire, que j’ai trouvée extrêmement bien écrite, j’arrivais déjà à imaginer le film ! J’ai donc rencontré Pascal Laugier et au bout de dix minutes, sans casting ni rien il m’a proposé le rôle.

Ce qui a pu perturber, voire effrayer Vahina Giocnate, vous ça ne vous a pas fait peur ?

Pas du tout. En fait quand je l’ai lu je me suis dit qu’il y avait longtemps que j’attendais un scénario comme celui-là. J’allais enfin pouvoir m’exprimer et faire un truc assez extrême, aller dans tous les sens et jusqu’au bout de mes limites. Je trouvais vraiment le projet super intéressant.

Et quelle fut votre réaction à la vision du film ?

J’étais très contente de voir que le film ressemblait beaucoup au scénario que j’avais tant apprécié, mais avec une énergie supplémentaire. Je reconnais le film, cet univers très particulier, assez sombre, mélancolique, très intense.

Quelle fut la scène la plus difficile à tourner ?

Je ne peux pas être trop précise car je ne veux pas spoiler le film. Disons les scènes d’émotion en général, il m’était très difficile de rester dans un état émotionnel tel que celui demandé par Pascal Laugier du matin au soir.

Vous arriviez à dissocier votre personnage de la réalité ?

Oui car mon personnage n’était pas aussi extrême que celui de Mylène Jampanoï donc je pense que c’était plus simple pour moi de faire la différence. Mais ça m’aidait de vraiment rester dans mon personnage les soirs où je rentrais à l’hôtel. Nous avons un peu créé la même relation avec Mylène que dans le film.

Comment avez-vous abordé le rôle avec Pascal Laugier ?

C’était assez particulier comme rapports car nous en avions beaucoup parlé en amont à Paris et je connaissais du coup très bien ses attentes sur le personnage. Et au moment de tourner au Canada, tout devait aller très vite, avec beaucoup de plans, peu de jours de tournage, et nous avons donc beaucoup moins échangé. Il m’a laissé une certaine autonomie et liberté dans la construction de mon personnage, tout en me guidant quand ça n’allait pas.

Comment avez-vous supporté les effets spéciaux du film dont vous bénéficiez, surtout le maquillage final ?

Je ne le prenais plus comme du maquillage, mais réellement comme le personnage qui prenait forme. Je ne voyais plus le maquillage. Cet élément m’a plutôt aidé au contraire à rentrer dans mon personnage.

Dans quel état d’esprit avez-vous vécu le buzz créé autour de Martyrs à Cannes ?

De manière décontractée. J’étais très contente. Nous sommes arrivés à Cannes dans le flou total, nous n’avions montré le film à personne. Donc lorsque les premières réactions cannoises sont tombées j’étais ravie. Certains ont détesté, d’autres ont adoré, c’est bien qu’un film suscite ce genre de réactions.

Et quand vous entendez que des personnes traitent le film de facho...

(elle coupe net) Là je ne comprends pas. Je suis peut-être totalement stupide mais je ne vois vraiment pas ce qui peut laisser penser ça. C’est même plutôt l’inverse d’un film facho.

Vous aimez ce cinéma là, de genre, un peu dérangeant ?

Oui j’adore ça. J’aime les films qui éveillent les consciences. Les films crus qui ont du fond, de la matière, qui ne proposent pas une violence gratuite et j’ai retrouvé tout cela dans Martyrs.

Vous avez des exemples de films de ce style qui vous ont marquée ?

Pascal Laugier m’a montré Les chiens de paille, qui m’a totalement bouleversée. Je ne savais pas que de tels films existaient. J’aime l’idée qu’à travers des films de genre on puisse prendre position, avoir de vrais points de vue, dire des choses. C’est ce qui m’intéresse le plus dans le film de genre.

Comment avez-vous vécu la menace d’interdiction du film aux moins de 18 ans ?

J’ai pris ça comme une forme de censure. Je ne comprenais pas pourquoi on voulait censurer un film pareil, qui pour moi au contraire devait être vu. J’étais donc soulagée qu’il ait finalement été interdit aux moins de 16 ans, surtout que personnellement je crois sincèrement qu’une interdiction aux moins de 16 ans est plus propice. J’ai vu des films plus violents et plus sanglants que Martyrs interdits aux moins de 16 ans, voire aux moins de 12 ans.

Et vous, à qui conseilleriez-vous le film ?

A tout le monde. Bon, je ne le montrerais pas à ma fille de huit ans bien sûr ! Mais mes parents ont vu le film et ils ont très bien réagi. Ils ne sont pas restés fixés sur la violence physique.

Quels sont les rôles qui vous intéresseraient dans le futur ?

J’aimerais bien interpréter une junkie par exemple. Ca ne me dérange pas de jouer dans une comédie si elle est bien écrite évidemment, mais j’ai une nette préférence pour les rôles de personnages plus torturés. Je suis plus attirée par les films qui essaient de dire quelque chose, de changer le monde.

Vous avez des projets ?

Pas grand-chose pour l’instant. Je vais faire le prochain film de Laïla Marrakchi, ainsi qu’un film allemand bientôt. Mais les scénarios que je reçois en général concernent des rôles super clichés, la plupart du temps sur mes origines. Ca ne m’intéresse pas de jouer la beurette un peu trop bronzée, ou la fille qui a quatre grands frères qui veulent lui casser la gueule dès qu’elle prend un café avec sa petite cousine. Et là j’exagère à peine, c’est ce qu’on me propose.

Rien ne s’est détaché du lot à part ça ?

Martyrs.

Source : dvdrama - Romain Le Vern et Laurent Tity

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