Jamel : "J’ai fait comédien pour un sandwich au camembert !"

- 12h49 - Maroc - Ecrit par : L.A

C’est en 1989, alors qu’il n’avait que quatorze ans, qu’un éducateur, directeur d’une compagnie théâtrale, avait repéré Jamel, avec « ses yeux qui pétillaient et sa tchatche ». Le gosse de banlieue abandonne alors son BEP « force de vente ». Engagé sur Canal + en 1997, il donnera son premier one man show en 1999 et enchaînera les succès. Talent, amour, gloire et beauté : tout réussit aujourd’hui à Jamel Debbouze. Mais ses yeux pétillent toujours autant - sa gentillesse aussi. Il nous parle de « son » prochain film « Parlez-moi de la pluie »…

« Parlez-moi de la pluie », le film d’Agnès Jaoui dans lequel vous jouez, pourrait aussi s’appeler « Victimes à tous les étages »…

Oui, il pourrait s’appeler « Les victimes de l’humiliation ». C’est un film qui encourage les victimes à se plaindre et c’est bien. Il parle de l’humiliation ordinaire, de la condescendance qui ronge les âmes et les esprits et se transforme en tropisme néfaste pour la société. C’est beau, non, ce que je dis ? C’est comme le réflexe de xénophobie ou encore le tutoiement systématiquement appliqué avec certaines personnes…

Vous dites avoir subi beaucoup d’humiliations et en subir encore…

Oui bien sûr, j’ai subi des humiliations, comme tout le monde. Et j’en subis encore quand on ne me reconnaît pas. Même quand on me connaît d’ailleurs. C’est dans les petites phrases. Récemment, un grand acteur que je ne citerai pas m’a dit « C’est bien ce qui t’arrive », comme si c’était anormal, comme si ce n’était pas le travail qui m’avait amené là. J’ai failli lui dire « Mais je n’en ai rien à faire de ce que tu penses de moi ». Cette forme de condescendance est ce qu’il y a de plus pernicieux aujourd’hui et il est indispensable de le relever.

Avec « Parlez-moi de la pluie » dites vous, « je me suis senti devenir un homme ».

Oui, en fait, parce que c’est la première fois que je joue un personnage d’adulte complet et complexe. Mais c’est pour ça aussi que je dis que ce rôle, c’est du sur mesure. Avec Agnès (Jaoui) et Jean-Pierre (Bacri), nous sommes vraiment amis. Ils sont allés chercher chez moi ce qui leur plaisait. Je garde une part d’enfance, mais sur ce film, je me suis senti devenir un homme avec tous les questionnements et le mal être que cela suppose. Jusque là, j’avais tendance à me croire dans une fête foraine permanente. Cela dit, d’un autre côté, adulte je l’ai été trop tôt. Je suis l’aîné d’une famille de six enfants et j’ai été confronté aux huissiers dès l’âge de 13 ans. Les responsabilités d’adulte, je crois que je les ai eues trop tôt. Mais être un homme, c’est autre chose.

Vous allez bientôt être papa. Cela aussi, c’est devenir un homme ?

Je me laisse gagner par la paternité. C’est tout ce que je peux dire. Je ne veux pas en dire plus. C’est de l’ordre de l’intime

En quoi le cinéma d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri vous parle ?

Parce qu’ils sont justes, qu’ils parlent du quotidien de manière jolie, poétique. Leurs personnages sont fouillés, jamais manichéens, pas chargés d’objectifs. En fait, c’est monsieur et madame tout le monde, mais ils sont sublimés.

Le défaut qui vous fait fuir, la qualité qui vous attire ?

Un défaut ? Le manque d’écoute. Une qualité ? L’écoute. Avoir l’écoute, c’est magique, ça vous transforme en émetteur, en récepteur. C’est la vie.

Qu’est-ce qui vous a poussé, adolescent, à être comédien ?

Pour les sandwichs au camembert qu’on distribuait aux entractes ! C’est vrai, je me suis fait virer du bahut et j’ai vu qu’il y avait dans un espace culturel des cours d’improvisations théâtrale pendant lesquelles, à la pause, on filait des sandwichs. J’y suis allé pour ça et le reste m’a plu… Vous savez, chez moi, ce n’était bien considéré d’être acteur. C’était un métier de « pédés et de drogués ». Pédés parce qu’ils étaient en collants, drogués parce qu’ils pouvaient se rouler par terre. Alors…

Vous avez des films culte ?

Bien sûr. J’adore les frères Coen, Tarantino, Woody Allen, Jaoui, Bacri, Chabat, Audiard. Et puis j’adore le film « Rocky », « le flic de Beverley Hills » et De Funes. Un maître.

Qu’est-ce qui vous énerve le plus ?

Ce qui m’énerve le plus ? Les a priori, les gens qui parlent sans savoir, les imbéciles sans fond. Et ce qui m’amuse le plus : leur bêtise

Qu’est-ce qui vous fait choisir un rôle ?

L’épaisseur du personnage, l’enjeu des situations qu’il a à défendre, son parcours, son évolution. Les personnages m’intéressent s’ils évoluent. S’ils stagnent, il faut qu’ils meurent. Ou qu’ils partent dans le désert…

Où en est votre projet d’« Hollywood du désert » avec la création de studios de cinéma au Maroc ?

J’ai abandonné le projet. Trop compliqué. Ce n’est pas mon métier de trouver des investisseurs, ou de convaincre des gens auxquels il faut faire comprendre qu’il faut respecter les autres. Il faut une énergie considérable et la condescendance a gagné sur moi… Quand j’étais sur cette aventure, il y a eu les attentats de Casablanca et ça a mis fin à tout.

Vos projets ?

Pas de film pour le moment. Je m’éclate avec le « Comedy Club Paris », ça marche très bien et ce que j’ai envie de faire c’est d’écrire un spectacle et de remonter sur scène. One man show ou pas, je ne sais pas sous quelle forme…

Que faites-vous le dimanche ?

Le dimanche ? C’est le jour du Seigneur, je récite six ou sept prières puis je vais chercher mon pain et j’honore ma femme comme il se doit le dimanche… Non, sérieusement, le dimanche je me mets totalement sur off. Tellement sur off que je ne me rappelle plus de ce que je fais. Je me laisse vivre.

Son actualité

Dans « Parlez-moi de la pluie », le film d’Agnès Jaoui qui sort le 17 septembre sur les écrans, Jamel Debbouze interprète le rôle de Karim, un jeune homme qui, avec son ami Michel (Jean-Pierre Bacri), entreprend de tourner un documentaire sur Agathe Villanova, une féministe nouvellement engagée en politique. Karim connaît bien Agathe puisque Mimouna, la mère de Karim, travaille chez les Villanova depuis que ceux-ci l’ont ramenée avec eux d’Algérie au moment de l’indépendance.

Par ailleurs, Jamel s’occupe du théâtre qu’il a créé à Paris, « Comedy Club Paris », dans lequel il produit et lance toute une nouvelle génération d’artistes comiques qui excellent dans le « stand up ». Enfin, il va jouer son nouveau rôle de papa avant la fin de l’année…

Source : La Dépêche - David Bécus

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