Au secours, je ne veux pas y aller !

- 11h17 - Maroc - Ecrit par : L.A

Comme toujours, quand la période estivale approche une des plus importantes questions de l’année résonne dans nos chères banlieues, « alors le bled ct’année ? »

La réponse chez les jeunes se situe généralement entre le « oui » et le « ouai ! ». Certains ravis d’y aller, d’autres saoulés d’y retourner. Mais les parents ayant déjà tout préparé, les vêtements pour la famille, les billets d’avion ou la voiture chargée à ne plus pouvoir s’y installer, difficile d’y échapper. En effet pour eux retourner là-bas c’est le moment qu’ils attendent, revoir leur pays d’origine, revoir la famille, c’est le retour aux sources. Aujourd’hui, le lien que les enfants d’immigrés ont avec le pays d’origine n’est pas aussi fort que celui des parents, pourquoi ?

Si les parents venant d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne ne se lassent pas de se rendre dans leur « bled », pour les enfants c’est une toute autre histoire. En effet, les deux ne vont généralement pas pour le même but, alors là-bas difficile de s’entendre. Si les parents y vont essentiellement pour rendre visite à la famille, les enfants y viennent surtout pour le soleil, la plage et tout ce qui va avec ! Mais quand on habite parfois dans un vrai bled pommé où en guise de plage on a les voisins, quand pour une fille c’est le remake de Bachelor qui vient frapper à la porte, ou encore quand les cousins sont persuadés qu’en France tout le monde est millionnaire, pour certains jeunes, le bled, c’est la grosse « arnaque » ! Je me suis donc intéressée à ces jeunes qui n’ont pas d’autres choix que d’aller au Maroc, au Mali, au Sénégal, en Algérie, en Tunisie avec le sentiment qu’ils vont passer des vacances un peu « relou ».

Qui n’a pas regretté de partir un ou deux mois de vacances au bled avec ses parents ? Même s’il fait plus de 30° C à l’ombre, le bled ne rime pas toujours avec « sea, sex and sun ». Nassim a 17 ans, il est d’origine algérienne et il a remarqué que le bled est ressenti de manière différente selon l’âge que l’on a : « Il y a une sorte de chronologie » me dit-il, « jusqu’à l’âge de 11- 12 ans, tu ne vois pas vraiment les années passer, tu es tout content de partir au bled. C’est à partir de 13 ans que tu vois qu’autour de toi tes potes partent en Espagne, en Grèce. Alors tu te dis : tes parents n’ont jamais compris qu’il y avait plus de deux pays dans le monde. Et puis petit à petit tu comprends qu’ils sont vraiment attachés à ce pays et qu’ils veulent le partager avec leurs enfants… au final tu te forces un peu ! ».

Se forcer ? Le légendaire « Bled » aurait-il perdu de sa côte ? Il faut croire que oui car si Nassim, lui, se « force » encore, d’autres ont déjà leur petite combine pour ne plus y aller du tout. Sonia et Ouarda (20 ans), d’origine marocaine nous confient que le bled pour elles « c’était bien à 12 ans mais à partir de 18 ans c’est la galère, surtout pour les filles, tu as tout le quartier qui vient te demander en mariage du jour au lendemain. Tu te dis plus vite je partirais d’ici mieux ce sera ! Ce n’est pas que l’on n’aime pas le Maroc, au contraire, mais bon on n’est pas forcé d’y aller chaque été, je trouve ça un peu trop. Donc maintenant on réussit à esquiver grâce aux jobs d’été même si nos parents continuent à y aller. Cette année par exemple on reste ici ! »

Le plus frappant c’est qu’il est difficile pour ces jeunes de se faire plaisir et de ne pas décevoir les parents, et si le départ au bled est ressenti comme une tare pour certains c’est parce que « c’est toute une organisation » nous confie Saida, mère de famille « il y a d’abord le trajet, qui pour les familles les plus modestes se fait généralement en voiture, ensuite quand on arrive à bon port il faut une bonne semaine de réadaptation de la langue, des habitudes du bled , la sieste par exemple… donc les enfants finissent très vite par s’ennuyer » ajoute-t-elle.

Malgré tout, c’est devenue une habitude pour quelques uns de partir, comme Fatou qui a 16 ans « le souci c’est que si je ne pars pas au bled, je n’ai pas réellement de vacances parce que je sais que mes parents n’iront pas plus loin que le Mali. ». Elle reste rêveuse et espère qu’un jour ses parents lui diront « Bon écoute, on a bien réfléchi et cette année on te laisse la maison, on part au bled seuls ! ». Halima, une amie pense que « le pays où tu es née te manquera toujours si tu en es loin, c’est la même chose pour mes parents et moi. Quand ils sont ici ils sont pressés de repartir au bled et moi quand je suis là-bas, je n’ai qu’une envie c’est de revenir ici ! ». Morale de l’histoire : le bonheur est toujours ailleurs !

Source : Bondy Blog - Zineb Mirad

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