Le modèle économique du Maroc en danger : l’Europe lance une loi pour bloquer les produits « Made in Morocco »

- 17h00 - Maroc - Ecrit par : Jalil Laamoudi

La Commission européenne lance l’Industrial Accelerator Act pour relocaliser sa production stratégique. Ce tournant protectionniste menace le modèle économique du Maroc, pivot traditionnel des investissements étrangers, notamment chinois, destinés au marché unique européen.

Le 4 mars dernier, la Commission européenne a dévoilé l’Industrial Accelerator Act (IAA). Ce projet législatif vise à porter la part de l’industrie à 20 % du PIB communautaire d’ici 2035, contre 14 % actuellement. Pour contrer la concurrence chinoise et américaine, l’Union européenne impose désormais une préférence marquée pour ses propres produits, notamment dans l’automobile et les énergies renouvelables. Challenge précise que ce texte introduit des quotas de production locale et durcit les conditions pour les investissements étrangers supérieurs à 100 millions d’euros.

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Cette stratégie de souveraineté fragilise directement le Maroc. Jusqu’ici, le pays servait de plateforme aux investisseurs étrangers souhaitant accéder sans droits de douane au marché européen via l’accord de libre-échange de 1996. L’UE applique déjà, depuis mars 2025, des droits compensateurs de 31 % sur certaines productions marocaines, comme les jantes en aluminium. Le modèle d’intégration du royaume aux chaînes de valeur mondiales se retrouve ainsi compromis par ces nouvelles barrières.

Le secteur automobile est au cœur du dispositif. L’IAA impose que les véhicules électriques affichent un taux de contenu européen de 70 %. Concernant les batteries, elles devront intégrer trois composants exclusivement européens seulement six mois après l’entrée en vigueur de la loi, puis cinq composants peu après. Même les voitures abordables, vendues à moins de 20 000 euros, seront soumises à une obligation de production intégralement réalisée sur le sol européen pour bénéficier des subventions et des marchés publics.

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L’issue du texte dépend désormais des négociations au Parlement européen. Si la France et l’Italie prônent une ligne dure, l’Allemagne suggère d’inclure les « partenaires de confiance » liés par des accords de libre-échange dans le calcul du « made in Europe ». Cette flexibilité pourrait préserver le rôle du Maroc, qui a lui-même instauré une clause de préférence nationale en 2023. Toutefois, le groupe des Verts s’oppose à cet élargissement, estimant qu’il affaiblirait l’efficacité de cette loi censée garantir l’autonomie du continent.