Maroc-Algérie : Le dilemme de sécurité qui menace d’embraser la Méditerranée
Entre course aux armements et ruptures diplomatiques, les tensions entre Alger et Rabat s’intensifient dangereusement. Un rapport du centre Stimson appelle l’Union européenne à adopter une stratégie de neutralité coordonnée pour éviter un conflit ouvert aux portes de la Méditerranée.
Le constat d’une « marche somnambule vers la guerre ». Les relations entre l’Algérie et le Maroc traversent une phase de dégradation critique depuis la crise de Guerguerat en 2020. Selon l’analyse publiée par Stimson, les deux puissances s’enferment dans un dilemme de sécurité marqué par des alignements géopolitiques opposés. Tandis qu’Alger renforce ses liens avec l’axe sino-russe et intègre la banque des BRICS, Rabat consolide son partenariat avec les États-Unis et Israël suite à la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental.
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Une rivalité qui se militarise. L’escalade se traduit par une course aux armements sans précédent sur le continent. L’Algérie investit massivement dans des systèmes de défense russes, incluant des sous-marins et des avions de pointe. De son côté, le Maroc s’approvisionne principalement auprès des États-Unis, de la France et d’Israël pour étendre ses capacités en drones et missiles. Cette méfiance est accentuée par la rupture des liens économiques, illustrée par la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe en 2021 et l’absence totale d’interdépendance commerciale.
Des répercussions majeures pour les pays de l’Union européenne. L’instabilité du Maghreb fragilise déjà les intérêts de l’Italie, de la France et de l’Espagne. Madrid a notamment subi une baisse de 45,9 % de ses exportations vers l’Algérie en 2022 après avoir soutenu le plan d’autonomie marocain. La gestion migratoire sert également de levier de pression, comme lors de la crise de Ceuta en 2021 où plus de 10 000 migrants ont franchi la frontière espagnole en représailles à un différend diplomatique.
Une réponse européenne jugée trop fragmentée. Actuellement, l’Union européenne ne dispose pas d’une position unifiée, chaque État privilégiant ses intérêts bilatéraux. Si Paris et Madrid soutiennent désormais le projet marocain au Sahara occidental, l’Italie et l’Allemagne maintiennent une neutralité stricte pour préserver leurs accords énergétiques avec Alger. Ce manque de coordination affaiblit la crédibilité du bloc européen et l’expose à des chantages diplomatiques, compromettant sa capacité à agir comme un médiateur fiable.
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Vers une stratégie de « double endiguement souple ». Pour stabiliser la zone, les experts préconisent la création d’un groupe de travail dédié au sein du Service européen pour l’action extérieure. Cette approche propose de lier le développement économique à l’engagement diplomatique, par exemple via le financement d’un corridor d’énergie verte reliant le Maroc, l’Algérie et l’Italie. En favorisant une interdépendance concrète et des projets culturels communs, l’Europe pourrait transformer cette logique de confrontation en un espace de partenariat méditerranéen durable.