Une experte voit une “fenêtre historique” pour la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie
Une chercheuse de l’Institut du Moyen-Orient plaide pour la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie – un chantier déjà entrepris par les États-Unis – et formule des recommandations dans ce sens.
Aux yeux de la chercheuse principale de l’Institut du Moyen-Orient, Intissar Fakir, l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 31 octobre d’une résolution qui place le plan d’autonomie du Maroc au cœur du règlement du conflit du Sahara occidental est la plus significative des récentes victoires diplomatiques de Rabat sur ce dossier. Cette résolution fait suite à une déclaration faite le 19 octobre dernier par l’envoyé spécial des États-Unis, Steve Witkoff, lors de l’émission télévisée « 60 Minutes ». Il annonçait que son équipe travaillait à trouver un accord de paix entre le Maroc et l’Algérie, qu’il espérait serait conclu dans les 60 jours.
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Pour la chercheuse, le vote à l’ONU et le calendrier de Witkoff laissent penser que le président Donald Trump souhaite remporter un nouveau succès retentissant en matière de politique étrangère et de « pacification ». « Mais l’enjeu pour l’administration Trump dépasse largement la simple résolution du conflit du Sahara occidental. Il pourrait débloquer une opportunité de réconciliation entre le Maroc et l’Algérie qui intègre l’économie plus large du Maghreb, renforce la coordination sécuritaire au Sahel et élargit la coopération énergétique », analyse-t-elle, dans une tribune publiée par Middleeasteducationnetwork.
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Elle soutient qu’un tel développement allait non seulement stabiliser l’Afrique du Nord, mais elle « ferait également avancer les intérêts américains en partageant le fardeau avec l’Europe, contrerait l’influence russe et chinoise, et faciliterait l’investissement étranger dans une région reliant l’Europe et l’Afrique subsaharienne ». Elle insiste : « résoudre la question du Sahara à elle seule ne mettra pas fin à la rivalité ». « Mais un règlement global qui lie la réconciliation politique à la coopération régionale pourrait enfin transformer la compétition en coexistence ». La chercheuse formule alors des recommandations consignées dans un plan en deux phases.
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La première phase est axée sur un engagement immédiat par le Polisario en faveur de désescalade et la mise en place d’une feuille de route pour les négociations sur l’autonomie du Sahara occidental et d’un mécanisme de dialogue direct Maroc-Algerie (confiance mutuelle entre les deux pays). « Les États-Unis devraient insister sur un processus qui prenne en compte les exigences détaillées du plan d’autonomie et veiller à ce que le Maroc et le Polisario l’ancrent dans des échéances et des étapes claires afin de maintenir le processus sur la bonne voie », suggère Fakir. La seconde se concentre sur l’intégration régionale. Cela englobe des mécanismes conjoints de lutte contre le terrorisme, une gestion coordonnée de la migration et des partenariats énergétiques profitant aux deux nations.
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La chercheuse appelle également à la mise en place d’un mécanisme de coordination multilatéral pour le Sahel impliquant les États-Unis, l’UE, le Maroc et l’Algérie. Cela devrait permettre « à l’Algérie de jouer le rôle de leader qu’elle recherche, tout en donnant au Maroc une position plus en vue dans les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme », est-elle persuadée. Fakir propose enfin un cadre collectif de gestion des migrations qui améliorerait le partage d’informations, préviendrait la fragmentation et apaiserait les tensions politiques concernant le « déversement de migrants », favorisant un partenariat UE-Maghreb plus équilibré.