Pourquoi l’Algérie jubile et le Maroc s’inquiète du blocage d’Ormuz
L’escalade militaire au Moyen-Orient provoque des ondes de choc contrastées au Maghreb. Si l’Algérie et la Libye profitent de la flambée des hydrocarbures, le Maroc et la Tunisie redoutent un séisme fiscal lié à leur dépendance énergétique.
La fermeture stratégique du détroit d’Ormuz et les frappes contre les sites pétroliers iraniens créent des effets « asymétriques » en Afrique du Nord. Pour les producteurs comme l’Algérie et la Libye, la hausse des cours renforce les revenus nationaux. À l’inverse, Rabat et Tunis craignent un « véritable cauchemar fiscal et social » dû au renchérissement du transport et des denrées alimentaires.
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Nadia Fettah, ministre marocaine de l’Économie, mise sur le « mix énergétique » du Royaume pour atténuer ces perturbations, alors que le pays importe 90 % de ses besoins. Dans ce climat d’incertitude, le Maroc tente de se positionner comme une « île de stabilité » pour les investisseurs occidentaux, apparaissant plus fiable que les monarchies du Golfe directement exposées au conflit, explique EFE.
Les clivages politiques s’accentuent face à Téhéran. Le Maroc, sans relations diplomatiques avec l’Iran depuis 2018, voit d’un bon œil un affaiblissement du régime perse qu’il accuse d’armer le Front Polisario via le Hezbollah. À l’opposé, la Tunisie et l’Algérie observent la situation avec inquiétude, craignant de subir un sort similaire à celui de leur partenaire iranien.
Équilibres géopolitiques et sécurité énergétique en Afrique du Nord
Les réactions aux bombardements du 28 février illustrent ces fractures. Alors qu’Alger et Tunis ont évité de condamner les frappes américano-israéliennes, Rabat et la Libye ont dénoncé les représailles iraniennes contre des pays arabes. Le Maroc réaffirme son alliance avec Washington tout en consolidant son partenariat stratégique avec la Russie, marqué par un récent échange entre Nasser Bourita et Sergueï Lavrov.
Le Royaume renforce également ses liens avec les pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, qui ont capté 19 % des investissements étrangers au Maroc en 2024 avec 280 millions de dollars. Cette solidarité économique et sécuritaire permet à Rabat de naviguer dans une zone de turbulences tout en limitant les risques de prosélytisme religieux associé à l’influence chiite.
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Pour les experts, la durée du choc économique sera la variable déterminante. Si la crise persiste, l’impact sur les chaînes logistiques et le commerce pourrait redessiner durablement l’échiquier régional. Ce contexte de haute tension pourrait paradoxalement favoriser un rapprochement entre Rabat et Alger, cette dernière cherchant à cultiver ses relations avec les États-Unis sur le dossier du Sahara occidental.