Maroc-Algérie : les coulisses de la médiation américaine pour clore le dossier du Sahara
Sous l’impulsion de l’administration Trump, les discussions de Madrid marquent un tournant dans le conflit du Sahara occidental. En ramenant l’Algérie à la table des négociations, les États-Unis tentent de briser un statu quo vieux de plusieurs décennies.
Au début de ce mois de février 2026, les États-Unis ont officialisé leur rôle de médiateur en facilitant des discussions directes à Madrid entre le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Dirigées par Massad Boulos et Mike Waltz, ces rencontres marquent un « changement sans précédent » s’éloignant de la recherche interminable d’un règlement menée par l’ONU. Cette initiative concrétise la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre dernier, qui saluait la disponibilité de Washington pour faire progresser une solution politique durable.
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L’inclusion de l’Algérie dans ce processus est décrite par la revue Al Majalla comme un « exploit significatif ». Bien qu’Alger insiste sur son statut d’« observateur régional » et nie être partie au conflit, sa présence a été obtenue par une combinaison de pressions et de diplomatie. Les menaces du Congrès américain de sanctionner les transactions d’armes avec la Russie et de classer le Polisario comme organisation terroriste ont pesé, mais l’administration Trump a également su convaincre en reconnaissant les priorités propres à l’élite algérienne.
Le raisonnement de Washington repose sur un constat simple : la dépendance croissante du Polisario à l’égard de son voisin. Le soutien diplomatique à la République arabe sahraouie démocratique (RASD) s’est considérablement érodé avec le temps. Comme le souligne l’analyse, « dans les années 1970, plus de 80 pays reconnaissaient la RASD ; depuis, plus de 50 d’entre eux ont retiré leur soutien ». Dans ce contexte d’isolement diplomatique, l’appui matériel et symbolique d’Alger est devenu vital pour le mouvement séparatiste.
Réfugiés, frontières et mécanismes de consultation
La question « des réfugiés » des camps de Tindouf demeure l’un des points de friction majeurs. Les statistiques divergent fortement entre les « 174 000 selon le dernier Sahrawi Refugee Response Plan » et les 40 000 recensés par d’autres sources. Au-delà des chiffres, le défi réside dans l’acceptation par ces populations d’une intégration — même sous une autonomie élargie — au sein de la monarchie marocaine. Pour Washington, il s’agit de trouver un terrain d’entente qui respecte la dignité des Sahraouis tout en validant la souveraineté marocaine.
Alger perçoit toutefois ce conflit à travers le prisme de sa propre histoire, défendant un « principe postcolonial d’autodétermination » plutôt qu’une simple guérilla. Cette posture est doublée d’une sensibilité extrême concernant ses frontières, comme l’a illustré l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal après ses critiques sur la délimitation frontalière avec le Maroc. Pour l’Algérie, l’existence d’un territoire tampon peut être vue comme une garantie de sécurité face à son voisin marocain.
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Pour sortir de l’impasse, les diplomates américains envisagent un « mécanisme de consultation » de la population sahraouie, incluant « les réfugiés » de Tindouf, afin de faire évoluer la position algérienne sur le plan d’autonomie marocain de 40 pages. L’objectif est de garantir que toute solution soit le résultat d’un dialogue inclusif, tout en assurant à Alger que ses « frontières postcoloniales » ne sont pas menacées. La discrétion des échanges restera la clé pour instaurer la confiance nécessaire à une percée définitive.