Le roi Mohammed VI veut assimiler les islamistes marocains

- 18h22 - Maroc - Ecrit par : L.A

C’est l’histoire d’une longue marche. Une lente progression qui dure depuis des années. Les islamistes marocains sont partis à la conquête du pouvoir. Avec prudence et patience. Les élections législatives du 7 septembre sont pour eux une étape importante à défaut d’être déterminante.

Car elle va traduire pour la première fois dans les urnes leur véritable ancrage dans une société taraudée par le conservatisme religieux. Ils ne campent pas encore aux grilles des palais royaux mais avancent en ordre de bataille électoral. Certes ce n’est pas l’Iran d’avant la chute du chah même si des parallèles sont tentants. Le pouvoir suit à la trace leur parcours. Avec la volonté d’endiguer la progression en dressant des obstacles sur leur chemin, en balisant les routes et surtout en pesant sur les mentalités.

Longtemps considérée comme un postulat prêté à quelques esprits impertinents, la poussée islamiste que connaît la plus occidentale des terres d’islam est devenue en quelques mois une évidence pour ne pas dire un lieu commun médiatique. Durant des années pourtant le pouvoir marocain a nié le phénomène. Le Maroc était présenté comme un pays de tolérance où l’intégrisme ne pouvait pas prendre racine. Descendant du Prophète, le souverain de la dynastie alaouite n’est-il pas le commandeur des croyants ? Ne règne-t-il pas sur un islam de rite malékite aussi empreint de soufisme qu’éloigné des pratiques obscurantistes des fous d’Allah ? Mais le royaume a dû déchanter.

Une dissidence est apparue dès les années 1970 avec le mouvement piétiste Justice et bienfaisance d’Abdessalam Yacine. Le cheikh écrivit en 1974 au roi pour lui indiquer qu’il « est sur un volcan prêt à faire irruption ». Hassan II enferma l’importun dans un asile d’aliénés. C’est aujourd’hui un vieillard très malade. Dénuée de statut politique, sa mouvance se porte en revanche comme un charme. Elle rêve de renvoyer le roi à ses loisirs et d’instaurer « pacifiquement » une république islamique. La monarchie parviendra- t-elle à la faire rentrer dans le rang ? Il n’est pas exclu que Justice et bienfaisance, qui se présente comme la seule véritable force d’opposition, intègre le jeu politique institutionnel après la mort du vieux cheikh.

C’est dans les années 1970 aussi que s’est développée l’influence insidieuse des salafistes. Aveuglées par les pétrodollars saoudiens, les autorités n’ont pris conscience du désastre qu’après les attaques du 11 septembre 2001. Le 16 mai 2003, onze kamikazes issus d’un bidonville de Casablanca frappaient dans le centre-ville de la capitale économique du royaume (45 morts). L’État, dominé par le Maghzen, ce réseau de serviteurs de la monarchie chargé de gérer le pays, apparut soudainement fragile. Des grandes rafles suivirent le coup de tonnerre. Depuis, des poseurs de bombes se font sauter ici où là et menacent l’industrie touristique. Quant à al-Qaida pour un Maghreb islamique, une organisation transnationale apparue l’an dernier sur les décombres de l’insurrection islamiste algérienne des années 1990, elle active des réseaux djihadistes.

C’est dans les années 1980 enfin que certains militants de l’actuel Parti de la justice et du développement (PJD) ont fourbi leurs premières armes dans des groupuscules extrémistes. Revenus à des conceptions plus modérées de l’islamisme, ils furent incités à former leur propre parti en 1998. L’idée d’Hassan II et de son homme lige, son ministre de l’Intérieur, Driss Basri, était de créer un contrepoids aux incontrôlables partisans d’Abdessalam Yacine.

Favorable à la monarchie, le PJD est désormais un parti soutenu par les classes moyennes ou populaires arabisantes qui se sentent tenues à l’écart des centres de décision détenus par les élites francophones. Sa mutation est comparable à celle de son homologue turc. Le PJD aura s’il arrive en tête des législatives une marge de manoeuvre très réduite. Le découpage électoral et le mode de scrutin brident ses ambitions. Les islamistes n’ont aucune chance de gouverner seuls. Leur présence dans une coalition est conditionnée par un accord de Mohammed VI. Les militants peu enclins à voir leurs leaders confinés à des rôles de figuration dans des ministères de seconde zone auront eux aussi leur mot à dire.

Après avoir absorbé, à la fin du règne d’Hassan II, l’opposition de gauche et les révolutionnaires d’extrême gauche, la monarchie alaouite entend sous Mohammed VI assimiler les islamistes sans brûler les étapes. La Constitution, qui donne le pouvoir absolu au monarque, garantit la survie du système. En embuscade, d’autres islamistes moins commodes se préparent à entrer dans la danse.

Figaro - Thierry Oberlé

  • Battus en sièges, les islamistes marocains sont arrivés en tête des élections législatives

    Les islamistes modérés du Parti de la justice et du développement (PJD) sont arrivés en tête des élections législatives du 7 septembre au Maroc, en suffrages, même si le scrutin a été remporté par le vieux parti nationaliste de l'Istiqlal, vainqueur en sièges.

  • Les islamistes sont les favoris des élections au Maroc

    Les Marocains se rendent aux urnes, vendredi 7 septembre, pour élire les 325 députés de la prochaine Chambre des représentants. C'est le deuxième scrutin législatif depuis l'accession au trône de Mohammed VI, en 1999, et, pour la première fois, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) devraient, selon les enquêtes d'opinion, arriver en tête.

  • Les islamistes donnés en pointe aux législatives marocaines

    Les craintes d'attentats ne devraient pas dissuader une bonne partie des électeurs marocains d'accorder leurs suffrages aux islamistes "modérés" du Parti pour la justice et le développement (PJD) lors des élections législatives de vendredi.

  • Le roi règne, le maroc vote

    Une lame de fond islamiste va-t-elle emporter le Maroc ? C'est le principal enjeu des élections législatives de demain dans le pays certes le plus libéral mais aux équilibres les plus précaires du Maghreb. Depuis le dernier scrutin, en 2002, la question est clairement posée.

  • Revers pour le PJD aux élections

    Les islamistes marocains n'ont pas réussi la percée qu'ils espéraient aux élections législatives de vendredi marquées par une abstention historique avec une participation de seulement 41%. Le Parti justice et développement qui affichait de grandes ambitions et espérait devenir sans conteste la première formation du royaume, a vu ses espoirs douchés samedi à l'aube et a aussitôt accusé ses adversaires de corruption électorale.

  • Elections au Maroc : l'héritage d'Hassan II

    Au Maroc, le raz de marée islamiste annoncé n'a pas eu lieu. Pour trois raisons. En premier lieu, les effets d'une ingénierie électorale sophistiquée ne sont pas à minorer. Découpage finement ciselé et mode de scrutin de liste à la proportionnelle à un tour interdisent l'émergence d'une majorité absolue.

  • El Himma ne sera pas premier ministre

    Fouad Ali El Himma, ex-vice-ministre marocain de l'Intérieur et personnalité la plus proche du roi Mohammed, VI a nié catégoriquement qu'il puisse être nommé premier ministre, dans un entretien à la télévision publique 2M lundi.

  • L'Istiqlal en position de former le gouvernement

    Le parti conservateur de l'Istiqlal est en position de former le nouveau gouvernement marocain au lendemain de sa victoire surprise aux législatives marocaines alors que les islamistes devraient rester dans l'oppostion. Les urnes ayant parlé, c'est désormais au roi Mohammed VI de désigner, comme l'y autorise la Constitution, le nouveau Premier ministre de son choix. Il avait laissé entendre qu'il le choisirait dans la formation arrivée en tête, mais il n'y est pas obligé.

  • Au Maroc, le PJD séduit la classe moyenne, inquiète face à l'évolution

    Reda ira voter le 7 septembre. Et, comme aux élections législatives de 2002, il votera sans hésitation pour le Parti de la justice et du développement (PJD), la formation islamique. "Parce que c'est le seul parti qui veut instaurer l'équité, la justice entre tous les Marocains. Le seul qui met l'accent sur la moralisation de la vie publique. Les autres recherchent le pouvoir pour le pouvoir", résume-t-il.

  • Les observateurs rendent leur rapport

    Les observateurs étrangers, qui ont supervisé pour la première fois une élection au Maroc, ont jugé que les législatives de vendredi s'étaient déroulées dans la transparence.