MRE/Locaux : Regards croisés

- 22h07 - Maroc - Ecrit par :

"Pourquoi voulez-vous qu’on soit différents des Marocains ? Nous aussi, nous sommes Marocains comme vous. Et ici, c’est aussi notre pays". Voici grosso modo ce que vous obtiendrez
d’un MRE si vous lui posez la question de savoir ce qu’il pense des locaux. Sauf que là, c’est juste une première impression. Car le premier jet de réponse lâché, beaucoup des MRE rencontrés se sont littéralement lâchés.

Jugez-en par vous-même. Selon Soleiman, jeune Marocain de 23 ans installé au Pas-de-Calais. "Wallah que je suis plus Marocain que beaucoup de Marocains. Moi, je suis un Marocain avec des principes. Je ne drague pas une nana qui porte le voile et je ne vole pas des hajjat". Comprenez en substance (et sans rancune) que les locaux le font et qu’ils n’ont pas de principe. Mbarek, plus âgé, nous raconte quant à lui ce qui est censé être "une anecdote". "Quand je suis au bled (il habite la région d’Agadir), je bouge en taxi, comme tout le monde. Le jour où j’ai décidé de prendre ma voiture, un policier m’a arrêté au départ d’un feu rouge pour me coller un procès d’excès de vitesse alors que je démarrais à peine. Hchouma". Mbarek n’a qu’une explication. "Le policier m’a arrêté parce que je suis un MRE. Je ne sais pas s’il a quelque chose contre nous, mais je sais qu’il doit se dire que nous sommes de bons clients, nostalgiques de leur pays, riches et par conséquent, prêts à tous les sacrifices". Matériels s’entend. Pour Mbarek donc, c’est assez clair. Les locaux voient dans les MRE une proie facile qui, en réaction, devient vite méfiante, presque agressive.
Plus raisonnée est la position de Zohra, 33 ans, sœur de Soleiman. "C’est un changement de mentalité, et il faut le comprendre. C’est très difficile pour nous qui avons toujours vécu à l’étranger d’abandonner notre accent, nos manières, etc. C’est même injuste de nous demander de les changer. Nous ne le faisons pas exprès, vous savez".
Côté local, on rend bien la politesse aussi. Pour Hafid, anti-MRE convaincu : "Je refuse que des moins que rien chez siadhoum n’sara nous apprennent les bonnes manières chez nous". Le dicton populaire n’est plus à redire : "Neuf mois de Tkarfiss, trois mois de Tfarkiss". Il a décidément la peau dure. "C’est aussi un peu la faute au Makhzen", renchérit Ahmed, la quarantaine. "On leur fait tellement de faveurs qu’ils se croient tout permis. Qu’ils se sentent supérieurs à nous". Et c’est justement cette distinction qui irrite Abdelhafid, professeur universitaire : "Dans leur langage, il y a toujours un chez nous et un chez eux. Plusieurs fois, j’ai entendu des MRE dire ’chez nous ceci coûte moins cher, chez nous cela est plus organisé, etc.’ Ce qui m’énerve, c’est leur arrogance. Ils croient que sans eux, on crèverait de faim, j’ai bien envie de leur dire qu’ils se trompent. Qu’ils restent donc chez eux, ils épargneront quelques dirhams et ça nous évitera au moins des centaines d’accidents chaque année". Dans le même ordre d’idée, cette indignation d’une assistante sociale : "Ils nous maltraiteraient, nous n’aurons toujours pas le droit de répondre. Parce qu’ils croient que nous ne sommes pas bien éduqués, ils nous traitent comme des bêtes". Marhba bikoum fi bladkoum.

Driss Bennani - Te Quel

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