Nike s’attaque à la contrefaçon

- 21h58 - Maroc - Ecrit par : Said A.

Nike mène campagne contre les contrefacteurs de ses produits. Des procès sont engagés. Alors que le gouvernement a pris une série de mesures pour limiter les dégâts de la contrefaçon...

Que faire face à un phénomène comme la contrefaçon qui détruit chaque année des milliers d’emplois et provoque des pertes importantes d’argent aux entreprises productrices ? Depuis quelques semaines, les multinationales installées au Maroc ont senti une montée considérable du fléau et ont décidé de réagir en conséquence. Nike, le célèbre producteur américain d’articles de sport, est l’un des derniers opérateurs à s’attaquer à ce phénomène. Il engage des poursuites judiciaires à l’encontre d’une vingtaine de contrefacteurs installés un peu partout au Maroc, essentiellement à Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech. Depuis le déclenchement de la procédure judiciaire, qui dure généralement deux à trois ans, seulement huit affaires ont été jugées. Les coupables ont été condamnés à payer une amende variant entre 10.000 et 20.000 dirhams et à détruire la marchandise contrefaite. Mais ces jugements n’ont pas plu aux responsables de la société, qui les jugent très peu dissuasifs. « Nous voulons que la loi soit plus sévère en matière de répression de la contrefaçon », estime l’un des dirigeants de Nike.

La société a en effet décidé de passer à la vitesse supérieure : elle effectue par ses propres moyens logistiques et humains des descentes dans les souks et les magasins pour saisir la marchandise contrefaite et dénoncer les vendeurs. Plusieurs lieux de vente ont été repérés : souk Loukriâ et Derb Ghallef, pour les grossistes, et l’ancienne Médina, pour les détaillants, tous les trois à Casablanca. Mais, il n’y a pas que ces lieux de triste renommée où Nike a saisi des milliers d’articles contrefais. Au quartier Maârif, connu pour être l’un des centres commerciaux les plus prisés de Casablanca, quelques magasins ont été signalés, mais, « ils ne vendent qu’un nombre limité d’articles », explique le responsable de Nike.
Cette nouvelle politique de contre-attaque combinant à la fois les poursuites judiciaires et les descentes dans les magasins a été l’ultime recours de cette grosse fabrique de produits de sport dans le monde.

Victime de ce phénomène depuis de nombreuses années, la société affirme avoir subi un manque à gagner estimé à 70% du marché des chaussures de sport. Néanmoins, les vêtements sont moins touchés que les chaussures dont les quantités contrefaites atteignent parfois des dizaines de milliers d’unités.

Du côté du gouvernement, on affirme avoir la ferme volonté de combattre sérieusement ce fléau. Désormais qualifiée de « crime économique » dans les lois internationales, la contrefaçon amplifie le secteur informel et menace l’investissement étranger au Maroc. Parfaitement conscient de ses dangers, le gouvernement a récemment initié une série d’actions qui se résument en deux points : le premier relève du « répressif » et consiste à organiser des opérations de saisie dans les souks et les magasins ; et le second visant à durcir les sanctions prévues dans les textes de loi.

Mais, quelle solution de rechange, légale, le gouvernement prévoit-il pour les millions de gens qui vivent de la contrefaçon ? C’est là tout le dilemme qu’il faut résoudre. Apparemment, cela relève presque de l’impossible vu le chômage qui se propage et la croissance économique qui n’est pas toujours au rendez-vous.

Aïssa Amourag - Maroc hebdo International

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