Le pari du Maroc : assembler un avion complet sur son sol d’ici 2030
Le Maroc ambitionne d’assembler un avion complet sur son sol d’ici 2030. Pour y parvenir, le royaume s’allie à New Delhi et passe à la vitesse supérieure en matière de transferts technologiques militaires et civils.
L’objectif a été clairement défini début 2024 par le ministre de l’Industrie Ryad Mezzour : voir un appareil entièrement monté décoller du territoire national d’ici la fin de la décennie. L’avionneur indien Hindustan Aeronautics Limited tient la corde pour concrétiser ce projet avec son modèle d’entraînement avancé HTT-40. L’Inde possède l’intégralité des droits de propriété intellectuelle sur la structure de cet aéronef, dont 70 exemplaires ont déjà été commandés par son armée pour 770 millions de dollars. Cet engin présente un atout commercial de taille : il peut être armé de 500 kilos de bombes pour des missions d’appui, un profil particulièrement adapté aux besoins des armées du continent africain.
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Franchir ce cap marquerait une véritable rupture industrielle. Jusqu’à présent, les 150 entreprises du secteur aéronautique marocain, qui génèrent 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, se cantonnent à la production de pièces détachées ou de fuselages. Des géants européens et américains refusent de partager leurs technologies fondamentales. La donne a toutefois changé avec la récente ouverture de l’usine d’armement Tata près de Berrechid. Cette installation indo-marocaine a inauguré une nouvelle ère basée sur un partage réel des processus de fabrication, incitant l’ambassadeur indien Sanjay Rana à vouloir étendre ce modèle collaboratif à l’aviation.
Le chemin vers l’indépendance de production comporte néanmoins quelques verrous. Si la structure du HTT-40 est indienne, ses moteurs américains Honeywell et ses sièges éjectables britanniques Martin-Baker nécessiteront l’accord préalable de ces équipementiers pour alimenter de futures chaînes d’assemblage maghrébines. En parallèle, Rabat explore une autre piste, beaucoup plus risquée financièrement. Lors du Salon du Bourget 2025, un accord a été paraphé avec la firme indienne Genser Aerospace pour concevoir un jet d’affaires de sept places. Mais ce projet expérimental accumule les retards et cherche encore 267 millions d’euros pour espérer faire voler son premier prototype.
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Au-delà des simples contrats, l’enjeu est éminemment géopolitique. New Delhi déploie sa stratégie en cherchant des alliés de poids pour délocaliser intelligemment sa production. D’après le média spécialisé Defensa, le Maroc s’impose comme une base arrière idéale grâce à ses infrastructures et ses coûts ultra-compétitifs. Le royaume se transforme ainsi en une plateforme de sous-traitance et de maintenance incontournable, offrant aux industriels asiatiques une porte d’entrée privilégiée vers l’Afrique et le très convoité marché européen.