Après Pegasus, l’Espagne redoute un nouveau logiciel espion beaucoup plus discret au Maroc

- 22h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

Des sources du renseignement espagnol soupçonnent le Maroc d’avoir pu accéder à Graphite, un logiciel espion israélien capable d’infecter un téléphone sans intervention de son propriétaire. Aucun élément public ne confirme toutefois son acquisition ou son utilisation par Rabat.

La crainte d’un nouvel espionnage informatique refait surface en Espagne. Des sources sécuritaires estiment que le Maroc pourrait avoir noué des contacts avec Paragon Solutions, l’entreprise israélienne qui développe Graphite, rapporte ce dimanche 20 septembre The Objective.

Ces sources évoquent la possibilité d’un accès marocain au logiciel à la fin de 2025 ou au cours de l’année 2026. Elles ne fournissent cependant aucune preuve technique, contractuelle ou financière permettant de confirmer l’existence d’un accord.

Le Maroc ne figure pas non plus parmi les pays jusqu’ici identifiés comme utilisateurs de Graphite. Les soupçons espagnols semblent principalement reposer sur le renforcement de la coopération militaire et technologique entre Rabat et Israël.

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Le sujet reste particulièrement sensible en Espagne, où les téléphones de Pedro Sánchez et de plusieurs ministres avaient été infectés par Pegasus en 2021. Madrid avait dénoncé des attaques « externes et illicites », sans jamais en attribuer officiellement la responsabilité au Maroc. Le gouvernement espagnol avait alors soigneusement évité d’accuser directement Rabat.

Graphite vise directement les messageries chiffrées

Graphite a été développé par Paragon Solutions, une société israélienne fondée en 2019. Contrairement à Pegasus, présenté comme capable de prendre largement le contrôle d’un téléphone, Graphite serait principalement conçu pour accéder aux applications de messagerie instantanée et à leurs contenus.

Le logiciel peut être installé au moyen d’une attaque dite « zero-click », sans que la cible clique sur un lien ou ouvre un fichier. WhatsApp avait découvert et neutralisé une attaque de ce type avant d’avertir, en janvier 2025, plus de 90 personnes considérées comme ciblées.

Le Citizen Lab de l’université de Toronto a identifié des infrastructures potentiellement associées à Graphite en Australie, au Canada, à Chypre, au Danemark, en Israël et à Singapour. Cette liste n’est toutefois pas exhaustive : certains opérateurs peuvent protéger leurs serveurs contre les outils utilisés pour cartographier les infrastructures d’espionnage.

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Ces caractéristiques expliquent l’inquiétude exprimée par les sources espagnoles. Un logiciel concentré sur les messageries chiffrées et laissant des traces limitées peut compliquer l’identification rétrospective d’une attaque et de son commanditaire.

L’affaire rappelle directement Pegasus. En 2021, les téléphones de Pedro Sánchez, de Margarita Robles et de Fernando Grande-Marlaska avaient été compromis pendant la crise diplomatique avec Rabat. Le Maroc avait toujours démenti avoir acquis ou utilisé Pegasus et engagé des procédures judiciaires contre plusieurs auteurs de ces accusations.

À ce jour, aucune autorité espagnole n’a annoncé avoir découvert Graphite sur le téléphone d’un responsable public. Le Maroc n’est pas davantage identifié par Citizen Lab comme client de Paragon. Les informations publiées par The Objective révèlent donc une inquiétude persistante au sein du renseignement espagnol, mais pas la preuve d’une nouvelle opération d’espionnage marocaine.