Son père marocain meurt en 1977, près de 50 ans plus tard il cherche toujours où est passé l’argent
Mohamed prépare des plaintes au Maroc et en Belgique. Son objectif : reconstituer ce qui est arrivé aux éventuelles assurances, droits sociaux et sommes successorales après la mort de son père, un travailleur marocain décédé en 1977 après un accident en France.
À 51 ans, Mohamed remonte une piste administrative vieille de près d’un demi-siècle. Il cherche des documents en Belgique, des archives en France et d’éventuelles traces financières au Maroc. Son histoire est racontée par La DH, qui a recueilli son témoignage.
Son enquête se divise en trois. En Belgique, il tente d’identifier les employeurs de son père et les droits liés à une quinzaine d’années de travail. En France, il veut retrouver le dossier de l’accident et savoir si une assurance a indemnisé la famille. Au Maroc, il cherche à déterminer si une succession a été ouverte et si des fonds ou des biens ont été gérés au nom des héritiers.
Une autre famille marocaine mène d’ailleurs depuis plus de 50 ans une bataille comparable pour retrouver des indemnités liées au décès d’un MRE.
Sur Bladi.net : Belgique : une pension de survie peut être versée au Maroc
Ahmed B., le père de Mohamed, faisait partie de la première génération de travailleurs marocains installés en Belgique. Le 28 juillet 1977, alors qu’il revenait du Maroc avec sa famille, il est victime d’un accident sur la nationale 10, près de Bordeaux. Il ne meurt pas immédiatement : après environ deux mois et demi de coma, son décès intervient le 3 octobre.
Derrière lui restent une épouse et de jeunes enfants. La mère de Mohamed parle arabe et connaît mal les rouages administratifs belges. Elle doit pourtant faire face à un dossier où se croisent accident en France, carrière professionnelle en Belgique et éventuels intérêts familiaux au Maroc.
C’est cette absence de vision d’ensemble que son fils tente aujourd’hui de combler. Après quinze années de travail en Belgique, Ahmed a nécessairement laissé des traces administratives. Mohamed veut notamment établir si certains droits sociaux ont été réclamés après son décès. La convention entre les deux pays permet encore aujourd’hui, sous certaines conditions, le versement au Maroc d’une pension de survie liée à une carrière en Belgique.
La piste d’une succession au Maroc
La partie la plus sensible de l’affaire concerne le Maroc. Mohamed cherche à savoir si une succession y a été organisée et quel rôle certains membres de la famille ont joué dans les démarches après la disparition de son père.
Il soupçonne que des sommes liées aux droits d’Ahmed aient pu être dirigées vers le Maroc alors que sa mère et les enfants vivaient dans des conditions difficiles en Belgique. Il s’interroge aussi sur des biens familiaux apparus dans le Rif, notamment des terrains, de l’immobilier, des oliviers ou des puits.
À ce stade, rien ne permet toutefois d’établir publiquement que ces biens ont été financés avec l’argent qui aurait dû revenir à la veuve ou aux enfants, ni même de confirmer quelles sommes ont réellement été versées après le décès. Mohamed cherche précisément à obtenir les documents permettant de distinguer les faits de ses soupçons.
Les dossiers d’héritage entre les deux pays restent complexes : une succession Belgique-Maroc peut nécessiter des démarches et vérifications de part et d’autre, notamment lorsque patrimoine et héritiers sont répartis entre plusieurs États.
Sur Bladi.net : Héritage au Maroc : les familles MRE face à une nouvelle formalité fiscale
La France constitue la troisième pièce du puzzle. Mohamed veut retrouver les rapports relatifs à l’accident de 1977, identifier le conducteur et les véhicules concernés et vérifier quelles compagnies d’assurance étaient impliquées. Cinquante ans après les faits, la conservation de ces archives constitue désormais une difficulté supplémentaire.
Son enquête ne part donc pas d’un héritage dont il connaîtrait déjà le montant. C’est l’inverse : Mohamed ignore encore si de l’argent a été versé, combien, à qui et dans quel pays. C’est justement ce qu’il veut établir en saisissant aujourd’hui les autorités au Maroc et à Bruxelles.
Près d’un demi-siècle après la mort d’Ahmed, son fils tente ainsi de reconstruire, document après document, ce que personne n’avait été en mesure de lui expliquer lorsqu’il était enfant.