Son père parlait à peine néerlandais, son fils a fini par diriger Rotterdam pendant quinze ans
À 15 ans, Ahmed Aboutaleb quitte le Maroc pour retrouver son père aux Pays-Bas. Il imagine un homme qui a réussi, capable d’envoyer régulièrement de l’argent à sa famille. La réalité le bouleverse. Cinquante ans plus tard, l’ancien maire de Rotterdam raconte comment cette découverte a changé sa vie.
L’argent arrivait chaque mois du pays où son père était parti travailler. Pour le jeune Ahmed Aboutaleb, resté à Beni Sidel, dans le Rif marocain, ces transferts étaient la preuve d’une belle réussite. Mais lorsqu’il rejoint son père aux Pays-Bas en 1976, avec sa mère et ses sœurs, l’adolescent découvre une tout autre situation.
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Son père vit dans un logement loué du quartier de Laak, à La Haye. Surtout, il maîtrise à peine le néerlandais, avec un vocabulaire tout juste suffisant pour communiquer avec son employeur. Il connaît finalement très peu le pays dans lequel il travaille depuis des années.
« Ma déception a été immense », confie aujourd’hui Ahmed Aboutaleb dans un entretien accordé au Volkskrant Magazine, publié samedi 10 octobre.
« On vous met directement un balai entre les mains »
Cette découverte ne diminue pourtant pas l’estime qu’il porte à son père. Aboutaleb le décrit comme un homme intelligent qui aurait pu accéder à une meilleure situation s’il avait eu la possibilité d’étudier. Mais les travailleurs immigrés disposent rarement de cette chance.
« Aux Pays-Bas, quand on est étranger, on vous met souvent immédiatement un balai entre les mains », déplore-t-il. Selon lui, presque personne ne cherche à découvrir les capacités de ces nouveaux arrivants.
L’adolescent prend alors une décision : saisir toutes les occasions de s’instruire. Il fréquente les centres de quartier pour apprendre le néerlandais, poursuit des études techniques et rencontre des enseignants qui remarquent ses aptitudes.
Cette détermination le conduit vers le journalisme, puis la fonction publique et la politique. Après avoir été adjoint au maire d’Amsterdam et secrétaire d’État aux Affaires sociales, il devient maire de Rotterdam en 2009. Il dirigera la ville pendant quinze ans.
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Mais cette réussite s’accompagne d’une pression constante. Aboutaleb explique s’être imposé de ne pas échouer, conscient que ses origines marocaines exposaient chacun de ses gestes à une attention particulière. Sa double nationalité lui vaut notamment des attaques lorsqu’il accède à des responsabilités politiques.
À 65 ans, l’ancien maire prépare une série de conférences pour marquer, le 17 octobre, le cinquantième anniversaire de son arrivée aux Pays-Bas. Une nouvelle édition de ses mémoires, « Thuis », accompagne cet anniversaire. Il évoque aussi son attachement à son village natal, où il a fait rénover la maison de son père et soutenu plusieurs projets locaux.