Polémique autour d’une fiction sur l’opposant marocain Ben Barka

- 12h59 - Monde - Ecrit par : L.A

Jean-Pierre Sinapi ne décolère pas : "Ce qui se passe me désole." Réalisateur, pour France 2, d’un téléfilm intitulé L’Affaire Ben Barka, du nom de l’opposant marocain enlevé à Paris en 1965, et dont le corps n’a jamais été retrouvé, il est convoqué, lundi 24 septembre, par le juge d’instruction qui, en France, instruit toujours l’affaire. "A travers le film, je voulais rendre hommage à Mehdi Ben Barka. Je me retrouve devant la justice comme "témoin" dans une affaire "d’homicide volontaire et de complicité d’homicide volontaire"", déplore-t-il.

La convocation renvoie aux déclarations du réalisateur lors de la présentation de son oeuvre au Festival de La Rochelle, à la mi-septembre. M. Sinapi avait assuré que le film était le premier réalisé en France en disposant "de tous les éléments" de l’affaire. "Les faits évoqués dans le film sont vrais", avait-il ajouté selon l’AFP.

Le film (le troisième réalisé à ce jour sur l’affaire) est très précis lorsqu’il évoque la mort de Mehdi Ben Barka, dont on voit la dépouille mortelle rapatriée au Maroc pour y être plongée dans une cuve d’acide. Or ce scénario n’a jamais été confirmé. C’est celui d’un Marocain, Ahmed Boukhari, qui jure avoir appartenu aux services secrets du royaume.

Témoignage variable

Dans un livre, Le Secret (Michel Lafon), il raconte la disparition de l’opposant marocain. Mais son témoignage, variable selon les versions de son manuscrit, est sujet à caution. "Embarquer l’opinion publique sur cette version, c’est la tromper, affirme Bechir Ben Barka, fils de l’ancien opposant. Boukhari n’est jamais venu témoigner en France. Il prétexte toujours un empêchement pour ne pas se rendre aux convocations de la justice. Veut-on imposer à la famille et à l’opinion une idée de la disparition de mon père, et ainsi montrer que la poursuite d’une instruction est inutile ?"

"Mon film est une fiction. Le spectateur est prévenu par une bande-annonce. On ignore comment Ben Barka a été tué. L’histoire horrible de la cuve est une métaphore. Il fallait faire ressentir au téléspectateur la violence de cette disparition", nuance aujourd’hui le réalisateur, contacté par Le Monde.

La polémique touche aussi au choix délibéré des deux scénaristes, Jacques Labib et Philippe Madral, de ne pas contacter la famille Ben Barka (l’épouse de Mehdi est toujours vivante), qu’ils mettent pourtant en scène. "Comment peuvent-ils prétendre posséder tous les éléments de l’affaire sans avoir pris contact avec la famille", s’interroge Bechir Ben Barka.

Le fils du dirigeant marocain devait assister, lundi, à la projection du film consacré à la fin tragique de son père. "Je verrai alors si une suite judiciaire s’impose ou non", dit-il.

Le Monde - Armelle Cressard et Jean-Pierre Tuquoi

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