Ils quittent la France pour le Maroc, mais le retour n’est pas si simple
Face au racisme et aux barrières invisibles rencontrées en France, de plus en plus de binationaux choisissent de s’installer au Maroc. Cette quête de dignité et de sécurité se heurte parfois à la réalité complexe de la réintégration sur la terre de leurs aïeux.
À Marrakech, Inès savoure un thé à la menthe dans le très prisé quartier Victor-Hugo. Originaire de Tours, cette femme de 28 ans portant le hidjab savoure la politesse des serveurs locaux. Un accueil qu’elle n’a que trop rarement connu en France, où elle se voyait souvent reléguée « au fond de la salle » dans certains établissements, rapporte le quotidien Le Monde. Étouffée par les discriminations professionnelles et les critères de recrutement racistes subis durant ses études, Inès a fait ses valises à l’été 2025 avec sa famille. Rejetant l’étiquette d’expatriée, elle rejoint les rangs des « repats », ces Français issus de l’immigration qui tentent de bâtir une nouvelle vie sur les terres familiales.
Sur Bladi.net : Les enfants de Marocains de France sont de plus en plus diplômés
Abdel, entrepreneur de 49 ans diplômé d’une grande école parisienne, partage ce ras-le-bol. Il s’est installé au Maroc il y a plus d’un an pour protéger ses enfants. Les multiples contrôles au faciès subis par son fils adolescent à Paris ont été le déclencheur. Selon lui, les binationaux restent souvent perçus, au mieux, comme le « petit Arabe sympa », au pire, comme des délinquants. Son désenchantement s’est mué en écœurement en décembre 2024, à la lecture d’articles prêtant au chef de l’État l’utilisation de termes dégradants envers les Maghrébins.
Sur Bladi.net : Dubaï, le nouvel eldorado des jeunes musulmans français ?
Malgré le confort matériel et la paix d’esprit retrouvés, l’installation au Maroc nécessite des ajustements. Inès, experte en ressources humaines, peine à exercer sa profession car ses compétences sont calquées sur le droit du travail français. À cela s’ajoute le choc culturel pour les ascendants restés en France. Ces derniers, qui voyaient l’Hexagone comme un eldorado pour leur descendance, peinent à comprendre ce voyage à contre-courant. Un douloureux sentiment d’entre-deux s’installe alors : ces repats confient ne se sentir pleinement acceptés ni en France ni au Maroc.