Pourquoi les musulmans qualifiés quittent la France
Les musulmans qualifiés quittent la France, mais l’argent n’est pas leur unique motivation. Confrontés à un « plafond racial » dans l’Hexagone, ces diplômés cherchent ailleurs un « soulagement existentiel ». Le sociologue Jaafar Alloul décrypte cette « migration de statut », où l’expatriation devient le seul moyen de faire correspondre compétences et reconnaissance sociale.
Le départ de ces profils CSP+, apparemment bien intégrés, révèle une faille du modèle français, explique-t-il au journal Le Monde. Selon le chercheur à l’université de Gand, la réussite scolaire et professionnelle ne protège pas des discriminations. Au contraire, les frictions sociales tendent à s’intensifier à mesure que l’on grimpe les échelons. La concurrence pour les postes de pouvoir exacerbe l’hostilité, créant un blocage invisible comparable au plafond de verre pour les femmes.
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Des destinations comme Dubaï, Londres, New York ou Singapour offrent une échappatoire. Au-delà des opportunités de carrière, ces villes permettent de mener une vie plus anonyme, libérée de la stigmatisation raciale profonde ressentie en France. Pour certains, c’est aussi l’occasion de vivre leur foi sans qu’elle soit problématisée au quotidien.
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Ce mouvement transforme la donne : l’héritage maghrébin ou musulman, souvent perçu comme un handicap en Europe, devient un atout, ou « capital racial », dans des pays comme les Émirats. Jaafar Alloul précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’un rejet définitif de la France. Ces citoyens, qui revendiquent leur identité française, envisagent souvent ce départ comme une étape temporaire pour contourner un blocage social, beaucoup prévoyant de revenir une fois leur statut consolidé.