Les musulmans de France ont 19 fois plus de risque d’en être victimes que les autres
Un nouveau rapport de la Défenseure des droits dévoile l’ampleur de la discrimination religieuse en France. Alors que la stigmatisation augmente, les personnes de confession musulmane ont désormais 19 fois plus de risque d’en être victimes que le reste de la population, même après neutralisation des facteurs socio-économiques.
L’étude, menée auprès de plus de 5 000 personnes, confirme une hausse des signalements de discrimination religieuse, lesquels sont passés de 21 % en 2016 à 31 % en 2024. Cette situation affecte massivement la communauté musulmane : 34 % d’entre eux déclarent en être victimes, contre seulement 4 % des chrétiens. La visibilité de l’appartenance religieuse apparaît comme un facteur déterminant, la discrimination visant non pas la croyance intime, mais sa manifestation dans l’espace social.
Un risque accru pour les femmes portant le voile
Le phénomène de stigmatisation s’aggrave pour les femmes musulmanes portant le voile. Celles-ci expriment plus souvent avoir fait l’objet de discriminations (38 %) que les hommes de la même confession (31 %), avec une concentration des plaintes dans le domaine de l’emploi. L’autorité explique que cette visibilité religieuse accroit la probabilité d’être ciblé, renforçant ou activant d’autres biais discriminatoires existants.
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Cette surreprésentation de la composante musulmane est attribuée à un « glissement sécuritaire » dans la gestion de l’islam depuis les attentats de 2015, créant une « logique du soupçon ». Les femmes sont ainsi perçues comme des « coupables potentielles » ou accusées de faire le jeu du « séparatisme », ce qui contribue à les désigner comme des « ennemies de l’intérieur » selon les travaux de chercheurs cités dans le rapport.
Mieux comprendre la laïcité contre les discriminations
Face à ces constats, la Défenseure des droits appelle à une « prise de conscience institutionnelle » face à des discriminations trop souvent banalisées. Il est jugé indispensable de réformer l’enseignement : des mesures ambitieuses de sensibilisation sont requises dès le niveau élémentaire pour mieux faire comprendre la laïcité, dont la mauvaise interprétation est une cause fréquente de discrimination. L’institution insiste sur le fait que la lutte contre ces inégalités est vitale pour la préservation de la cohésion sociale de la République.