« Une insulte aux musulmans" : pourquoi le dernier sondage Ifop est attaqué devant les tribunaux
La publication d’un récent sondage Ifop portant sur le rapport des jeunes musulmans à leur religion fait l’objet d’une contestation judiciaire. Quatre instances représentatives du culte ont décidé d’attaquer l’étude en justice, estimant qu’elle manque de neutralité et alimente la stigmatisation.
Les Conseils départementaux du culte musulman (CDCM) du Loiret, de l’Aube, des Bouches-du-Rhône et de la Seine-et-Marne ont mandaté les avocats Raphael Kempf et Romain Ruiz pour déposer une plainte contre X auprès du tribunal judiciaire de Paris. Les plaignants accusent ce sondage de violer le « principe d’objectivité » imposé par la loi du 19 juillet 1977. Selon les avocats, l’étude se fonde sur des « questions orientées » et met en avant des résultats minoritaires à des fins polémiques. Ils qualifient ce travail, commandé par la revue Écran de veille, d’« insulte aux musulmans de France » qui contribue à « distiller le poison de la haine » dans un contexte marqué par une hausse de 75 % des actes antimusulmans en 2024.
Des biais méthodologiques et des amalgames dénoncés
Au-delà de l’action légale, les instances religieuses critiquent la méthodologie employée. Une source du CDCM Loiret pointe des formulations problématiques et un risque d’interprétations inexactes nuisibles à l’image d’une partie de la population. La fédération Musulmans de France (MF) déplore pour sa part l’amalgame entre une pratique religieuse assidue et la radicalité, rappelant que les études scientifiques dissocient généralement ces deux aspects.
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Le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est également exprimé, regrettant l’usage de termes « flous » et mal maîtrisés par les sondés eux-mêmes, tels que « charia », « salafisme » ou « Frères musulmans ». L’organisme relève par ailleurs un biais classique des enquêtes téléphoniques : une tendance des plus jeunes à sur-déclarer leur religiosité par réaction, tandis que leurs aînés la sous-déclarent par retenue. Pour ces acteurs, les conclusions de ce sondage dressent un tableau alarmiste qui ne reflète pas la réalité nuancée du terrain.