France : forcé de s’appeler Antoine, Mohamed raconte vingt ans d’identité volée
La justice lui a donné raison, mais les traces sont indélébiles. Mohamed Amghar revient sur la longue période durant laquelle il a dû gommer son prénom pour devenir « Antoine » aux yeux de ses clients. Un témoignage lucide sur la violence symbolique subie en entreprise, bien au-delà de la condamnation de son employeur.
Chez lui, en Bretagne, Mohamed a gardé les vestiges de cette double vie : des cartes de visite, des trophées et des fiches de paie au nom d’Antoine. Il ne les conserve pas par fierté, mais comme la preuve tangible d’une discrimination qu’il a dû accepter pour survivre professionnellement, relate Le Monde.
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L’histoire remonte à 1997. Lors de son embauche chez Intergraph France, la direction lui impose un changement d’identité brutal. « Il faudra changer de prénom », lui glisse-t-on, estimant impossible de signer des contrats d’envergure sous le nom de Mohamed. Père de famille et coincé financièrement, il s’écrase et devient Antoine.
S’ensuivent deux décennies de schizophrénie administrative. Si son contrat de travail reste à son vrai nom, tout le reste – adresse mail, relations clients – est faussé. Une humiliation quotidienne où même ses collègues se font reprendre par la hiérarchie s’ils osent l’appeler « Momo ».
Ce n’est qu’après son départ en 2017 qu’il engage le combat judiciaire, finalement remporté en appel. Son ancienne entreprise a été condamnée à lui verser 30 000 euros pour discrimination.
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Mais pour le retraité de 69 ans, l’argent ne répare pas tout. Ce parcours fait écho à des blessures plus anciennes, celles d’un enfant né pendant la guerre d’Algérie, giflé à l’école pour avoir évoqué ses vacances en Kabylie. Pour Mohamed, cette exigence patronale reste le symptôme d’une société où, soixante ans après la décolonisation, les esprits peinent encore à évoluer.