Noyade Aquaboulevard à Paris : Ilias, tétraplégique, attend justice 10 ans après
La vie d’Ilias, alors âgé de 4 ans, a basculé après une noyade à l’Aquaboulevard, grand complexe aquatique du XVᵉ arrondissement de Paris, en 2015. Plus de 10 ans après les faits, la société encourt une grosse amende.
À la fin de l’été de 2015, Ilias, 4 ans, avait été retrouvé inconscient, sans brassard, au fond d’un bassin extérieur d’une profondeur d’1,80 mètre de l’Aquaboulevard. Son père, Mohamed O., l’avait laissé un instant sous la responsabilité de son frère aîné, Amine, 7 ans, dans ce grand complexe aquatique du XVe arrondissement de Paris. Réanimé et emmené dans un état grave à l’hôpital Necker, Ilias n’est plus le même aujourd’hui. Il voit sa vie basculer à jamais. Tétraplégique, sourd et muet, il est incapable de se nourrir ou de se mouvoir seul. L’adolescent de 14 ans est reconnu atteint d’un taux d’incapacité égal ou supérieur à 85 %.
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Dix ans après le drame, le père de la victime et la société Aquaboulevard comparaissent finalement devant le tribunal pour blessures involontaires avec incapacité supérieure à trois mois par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence, fait savoir Le Parisien. L’état de santé de l’adolescent ne lui a pas permis d’assister au procès. À la barre, Mohamed exprime des regrets.« Je ne l’ai pas vu partir, sinon l’accident ne serait pas arrivé », regrette-t-il, accablé, précisant qu’Ilias était un enfant « qui bouge beaucoup ». Il se sent coupable. « Depuis 10 ans, je vis dans la douleur et le chagrin », explique-t-il.
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Le tribunal s’étonne que les maîtres-nageurs sauveteurs présents sur le site n’aient pu remarquer ce jeune enfant, évoluant seul et sans brassard dans un bassin de 800 m2. « Le bassin a été constamment surveillé » le matin de l’accident, assure Jolly, ancien directeur des opérations du site et représentant d’Aquaboulevard devant la justice. Il ajoute : « Il peut y avoir un moment où une situation échappe à un sauveteur, mais c’est rarissime, voire ça n’arrive pas ». Ces allégations sont loin de convaincre le président. Il pointe « une chaîne de trois erreurs monumentales : un enfant de moins de 12 ans dans un grand bassin, sans parents et sans brassard », rappelant que trois minutes de noyade suffisent à causer des séquelles irréversibles.
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De plus, plusieurs salariés d’Aquaboulevard ont, au cours de l’enquête, relevé des dysfonctionnements dans l’organisation de la surveillance du site : un turnover important, le manque d’équipements, ou encore des « plannings surchargés ou inexacts ». Le planning remis aux enquêteurs avait d’ailleurs été « raturé à la main, avec beaucoup de surcharges », souligne le président. Ce jour-là, un agent prend son poste en retard, une stagiaire a quitté le site pour une urgence personnelle, une autre est partie en pause sans pouvoir dire qui la remplace alors qu’on enregistre plus de 1 300 entrées à midi. « Une organisation parfaitement chaotique et inexistante », dénonce l’avocat des parties civiles, Clément Testard.
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L’avocat demande 15 000 euros pour chacun de ses clients : la mère de la victime, mais aussi Amine, son frère, et Hajar, sa sœur. À l’issue de l’audience, le parquet a requis 100 000 euros d’amende contre le complexe aquatique (Paris XVe) dont 20 000 euros assortis d’un sursis simple. Le ministère public a demandé une dispense de peine pour le père. Il estime que le « reclassement du prévenu est acquis ».