La France veut que les saisonniers marocains repartent chez eux
Pour répondre aux besoins de main-d’œuvre tout en évitant l’installation définitive, Paris déploie un dispositif de migration circulaire. Ce projet vise à structurer l’arrivée des travailleurs agricoles marocains et à s’assurer de leur retour après leur mission.
Présenté le 9 avril à Rabat, ce programme financé à hauteur de 4 millions d’euros cible dans un premier temps 500 Marocains. Ces derniers obtiendront des contrats dans l’agriculture et l’hôtellerie-restauration en France. Pour y parvenir, Paris calque sa stratégie sur l’Espagne, qui emploie annuellement près de 10 000 travailleurs sur ce même principe de circularité.
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Ce quota de 500 personnes semble modeste face à la réalité des flux actuels. Selon les données relayées par Le Monde, le nombre de saisonniers est passé de 9 000 en 2019 à 16 000 en 2024. Dans le même temps, le taux de retour au Maroc a brutalement chuté, passant de 93 % à 80 %.
Cette baisse préoccupante s’explique par les dérives d’un système de recrutement délégué au secteur privé. Ahmed Chtaibat, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration au Maroc, dénonce l’action d’intermédiaires mal intentionnés. « Les contrats de saisonniers agricoles sont vendus comme une opportunité de migration de long terme vers l’espace Schengen », s’alarme-t-il.
Pour freiner ces abus, la France souhaite désormais revoir ses critères de sélection. Les recruteurs cibleront en priorité des profils ruraux ayant de fortes attaches familiales dans leur pays d’origine. Cette condition est considérée comme la meilleure garantie pour s’assurer que les travailleurs rentreront chez eux à la fin des récoltes.
Afin d’encourager ces retours, le projet Thamm Plus prévoit des mesures incitatives concrètes. Les bénéficiaires se verront proposer des formations et une aide à l’insertion professionnelle au Maroc, où le chômage frappe 13 % de la population. Les autorités locales seront également mises à contribution pour encadrer la sélection et le suivi des candidats.
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Ce mécanisme de migration encadrée s’étendra à d’autres secteurs en tension, comme les métiers du soin. La démarche ne se limite d’ailleurs pas au Maroc. Didier Leschi, directeur général de l’OFII, confirme que le programme tunisien passera de 500 à 2 500 bénéficiaires pour la période 2026-2030.