Sahara : Le jour « J »

- 11h28 - Maroc - Ecrit par :

Aujourd’hui 31 juillet, le Conseil de sécurité de l’ONU doit statuer sur la mission de la Minurso, ce qui impose de statuer sur le dossier du Sahara. Enfin, les 15 membres du Conseil, sous la présidence espagnole, devront voter pour ou contre le nouveau plan Baker.

Suite à la proposition du plan Baker II le Maroc a fermement repoussé cette nouvelle mouture, qui consent à l’indépendance de cette région.
Les Etats-Unis changent de position et suivent Baker. La France raffermit la sienne : plus favorable au Maroc. Elle conteste également la deuxième version proposée. Donc, entre le Maroc, l’Algérie, le "Polisario", les deux pays "choisissent leur camp". Des positions qui s’insèrent dans un contexte international ardu. Car, pour l’Irak aussi, les pays prennent position. La participation des autres armées en Irak est vivement souhaitée par les USA. La France est réticente. La question du Sahara ne viendrait-elle pas à point pour faire pression ? Nul ne sait, mais l’hypothèse séduit pas mal de milieux.
Une cellule de soutien du Congrès américain, créée le 22 juillet dernier, dit "faire siennes" les préoccupations du Maroc sur le Sahara. Mais un autre pan du Congrès soutient fermement le "Polisario", et depuis beaucoup plus longtemps… qu’une semaine. De plus, le plan Baker II est contraire à la charte de la Minurso. "Les USA ont pris une position inamicale envers le Maroc en forçant et imposant une résolution contraire à l’article 6 de la charte du Conseil de sécurité", observe un politicien.

· Une partie déjà jouée ?

Historiquement, ce n’est pas la première proposition à avoir été rejetée.
Auparavant, l’Algérie et le "Polisario" avaient rejeté le premier plan Baker (en juin 2001), car la solution politique ne convenait pas. James Baker a donc retravaillé la proposition et présenté sa nouvelle version le 11 juillet 2003. Cette fois, c’est au tour du Maroc de faire ses objections : comment imposer le règlement d’un conflit qui dure depuis des décennies par une proposition qui annule toutes les avancées déjà opérées ? C’est sans compter les points sur lesquels il y a encore litige. Comme l’identification de l’électorat sahraoui vivement contestée par le Maroc. La constitution de la base électorale ne tient pas compte de tous les originaires du Sahara. "La deuxième motion donne des avantages à la minorité. Pendant 5 ans, c’est elle qui va prendre le pouvoir législatif, ce qui est contraire aux normes législatives", explique Hassan Abdelkhalek, parlementaire et spécialiste de la question. Et, faut-il le rappeler, ce que désire le Maroc, "c’est que tous les Sahraouis participent au référendum". Ce qui explique l’échec de cette voie. Sur une base biaisée, il est impossible d’avancer de ce côté-là.
Ce que souhaite le Maroc, c’est évidemment un retour vers l’accord-cadre initial. Et si le nouveau plan était adopté ? Même réponse auprès de tous les observateurs : "Ça ne fera qu’alimenter des tensions qui perdurent depuis plus de 25 ans. L’instabilité ne ferait que s’accroître".


Paris, pas de commentaires

Le Quai d’Orsay n’a pas souhaité émettre son opinion. Aux questions posées par les journalistes, la diplomatie française veut attendre les résultats de la réunion du Conseil de sécurité. Tandis que Raffarin, lors de sa visite au Maroc il y a quelques jours, a clairement affirmé que la France était proche du Maroc sur cette question.

· Pas un pouce… de souveraineté

"Il n’en reste pas moins que la défense de notre intégrité territoriale (…) qui fait l’objet d’un conflit artificiel pour le règlement duquel Nous avons (…) choisi la solution politique négociée, exige de nous encore une vigilance permanente, d’autant plus qu’elle représente une composante indissociable de l’identité du Maroc", a affirmé le Souverain lors de son discours du Trône. Le Sahara, le Maroc y tient. Sa ligne de conduite ne bougera pas d’un cil. La "vigilance" est donc de mise. Le Maroc observe et attend les prises de position officielles. Jusqu’au bout, le Maroc défend le dossier et se met en état de veille.

· La mission de Baker

L’émissaire Baker arrive en 1997 et constate les divergences entre le Maroc et l’autre partie. Après plusieurs vaines tentatives de médiation, et ébauche de la solution politique (qui préconise la gestion démocratique décentralisée du Sahara), l’envoyé spécial de l’ONU travaille sur un premier accord-cadre qu’il soumet en juin 2001. Kofi Annan l’avait qualifié de "celui de la dernière chance". Kofi Annan est exaspéré. Dans son rapport qu’il présente à la même période, il ira jusqu’à proposer le retrait pur et simple des Nations unies de ce conflit vieux de plus d’un quart de siècle. “Reconnaissant qu’après plus de 11 ans d’efforts et près d’un demi-milliard de dollars dépensés, elles (les parties) ne parviendront pas à trouver une solution”.
Accord de principe de la part du Maroc, rejet de l’Algérie. La voie politique ne plaît pas. Elle ne plaît tellement pas que le président Abdelaziz Bouteflika ira jusqu’à proposer en février 2002 le partage de la région. Mal lui en a pris. SM Mohammed VI a tout de suite réagi. C’est l’historique tournée dans le sud : visite à Dakhla où il préside un Conseil des Ministres, discours à Laâyoune le 6 mars 2002 dans lequel le Souverain affirme que "le Maroc ne renoncera pas à un seul pouce du territoire de son Sahara, inaliénable et indivisible"…
Depuis, le dossier traîne, jusqu’à ce que l’accord-cadre initial soit "relifté" et présenté sous un autre angle.

Mouna KADIRI

Tant pis pour les "embêtements" !

"Le Maroc restera ferme et ne cédera pas, même si cela doit nous causer des embêtements", a confirmé, il y a quelques jours un officiel de haut rang marocain. Il ne s’agit pas "d’embêtements" militaires "car de ce point de vue, il y a bien deux décennies que la situation est sécurisée", a-t-il expliqué. Il s’agit plutôt des multiples cas de négociations internationales (commerce, finances, circulation des personnes, coopération judiciaire…) où le(s) partenaire(s) pourrai(en)t être tenté(s) d’utiliser un vote défavorable pour améliorer leur position de négociation. Un classique du genre, partout, même dans les tractations privées. "Non, ces petits embêtements-là ne nous ferons pas reculer, nous sommes capables de les absorber, car pour nous et pour l’équilibre de toute la région, le Sahara marocain est trop important", a ajouté cet officiel, qui a requis l’anonymat.
Ces "embêtements" peuvent-ils jouer aussi sur les négociations en cours pour la zone de libre-échange ? "Je ne le crois pas, car ce sont les USA qui sont demandeurs, pour des raisons politiques et stratégiques mondiales, plus que pour des raisons économiques bilatérales". De son côté, le Maroc "très attaché à cet accord", selon les termes de SM le Roi, dans le discours du Trône, considère ledit accord comme un moyen de moderniser l’économie nationale, à condition que les termes de l’arrangement ménagent les délais nécessaires pour les ajustements structurels.
Le jeu de la diplomatie marocaine, sévèrement prise à partie au Maroc même, est maintenant d’expliquer qu’entre le gouvernement Bush et James Baker, désigné par le gouvernement précédent, il peut y avoir des divergences d’approches. Témoin de ces divergences, le dernier plan proposé : en guidant le dossier vers l’indépendance, il oublie que Rabat a été publiquement reconnu par le gouvernement américain actuel, comme celui des pays arabes qui est le plus avancé dans la libéralisation politique et économique.

L’économiste

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