Saïd Aouita

15 août 2005 - 19h18 - Sportifs - Ecrit par : Bladi.net

Si, aujourd’hui, les Marocains sont incollables sur le demi-fond, c’est grâce au génie d’un homme : Saïd Aouita, « l’homme aux cinq records », maître incontesté dans les années quatre-vingt de tout le demi-fond, du 800 m au 5 000 m. Natif de Kénitra, le jeune Saïd voulait devenir footballeur.

Sa rencontre avec Aziz Daouda, actuel directeur technique de l’équipe nationale d’athlétisme, en a décidé autrement. Grâce aux efforts de son mentor (à l’époque journaliste sportif), ainsi qu’à quelques âmes généreuses, Aouita, 18 ans, bénéficie d’une (maigre) bourse pour aller courir sur les routes de France. C’était au début des années quatre-vingt. Au terme de trois ans d’entraînement intensif, Aouita, doté d’une impressionnante rage de vaincre, est sélectionné aux premiers championnats du monde d’athlétisme, à Helsinki. Il arrive 3e, derrière la star de l’époque, Steve Cram. Un an plus tard, Los Angeles abrite les jeux Olympiques. Alors qu’on l’attend sur le 1 500 m, il surprend tout le monde en s’alignant sur le 5 000, défi insensé puisque les deux distances nécessitent des types de préparation complètement différents. Or non seulement Aouita gagne, mais il prend un tour au britannique Dave Moorcroft, recordman du monde de la distance. Mieux : si l’inexpérimenté coureur n’avait pas ralenti sur les derniers mètres pour envoyer des baisers à la foule, il aurait pu pulvériser le record du monde ! Les Marocains exultent, baptisent une ligne de train-navette rapide « Aouita », tandis que la presse sportive mondiale se déchaîne. On s’extasie devant son incroyable capacité de récupération, on s’interroge sur son rythme cardiaque d’extraterrestre, on admire sa technique de course féline...

L’année 1985 est celle de tous les exploits. Il confirme sa performance des jeux Olympiques en battant coup sur coup les deux records du monde du 1 500 m et du 5 000 m... Cette année-là, il reçoit la plus prestigieuse distinction de l’athlétisme mondial, le trophée Jesse-Owens.
En 1987, sa suprématie est incontestée, mais il commence à se laisser aller. L’ayant compris, il fait de nouveau appel à Daouda, avec lequel il s’était brouillé depuis deux ans. Un programme d’entraînement intensif, et c’est le miracle : à l’issue d’une course historique, à Rome, Aouita bat son propre record du 5 000 m. En 12’58’’39, il est le premier homme à descendre sous la barre des 13 minutes. L’image du champion à genoux, remerciant Dieu, fait le tour de la planète. La même année, il fait tomber le record du 2 000 m. Les médias portent aux nues ce surdoué qui anime des conférences de presse en cinq langues.
Lors des jeux Olympiques de Séoul, en 1988, il prévoit de s’aligner sur trois courses : le 800, le 1 500 et le 5 000 mètres, dont les deux dernières le même jour ! Mal préparé, n’écoutant plus son entraîneur, il échoue sur 800 m et arrive 3e. Le moral brisé, il déclare forfait sur les deux autres distances, et assiste, depuis les tribunes, à la médaille d’or au 10 000 m d’un jeune Marocain qui débute, Brahim Boutayeb.
Face à l’émergence d’une « école marocaine » qui produit des champions internationaux à la chaîne, on dit Aouita fini. C’est mal le connaître : en 1989, comme dans un dernier sursaut, il bat un nouveau record du monde, celui du 3 000 m. Mais un nouveau venu, de dix ans son cadet, commence à faire parler de lui, l’Algérien Noureddine Morcelli. En 1991, après s’être évités pendant deux ans, les deux hommes s’affrontent. Nous sommes à Tokyo, aux championnats du monde d’athlétisme. Quand le monstre sacré se sent dépassé par son jeune disciple, il ralentit le pas et finit bon dernier. Morcelli est champion du monde. Pourtant, les caméras le délaissent pour se concentrer sur Aouita, qui rejoint tristement les vestiaires. Cette course sera sa dernière.
Depuis, le champion déchu s’est éclipsé. Nommé DTN (directeur technique national) du Maroc en 1993, il échoue au bout d’un an. Aux dernières nouvelles, il a essayé de se faire élire député à Casablanca en 1997, sans succès. C’était la défaite de trop. Aouita est installé aujourd’hui en Floride et vit sur ses (solides) économies.

Ahmed R. Benchemsi pour Jeune Afrique

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