À Sebta, des militaires espagnols racontent en riant comment ils frappent des Marocains
Des militaires espagnols ont été enregistrés en train de raconter, entre deux éclats de rire, des violences contre des migrants marocains à Sebta. Les conversations révèlent des coups portés par surprise et des humiliations. Madrid a transmis ces nouvelles révélations à la justice.
« Sans gants, c’est plus amusant, parce que ça fait du bruit. » Les rires éclatent entre plusieurs militaires espagnols en service à Sebta. L’un raconte comment il a frappé un migrant qui ne s’y attendait pas, un autre imite le bruit d’une gifle. Ces conversations, enregistrées à leur insu, ont été révélées jeudi 15 octobre par le journal espagnol elDiario.es. Leur contenu a poussé le ministère de la Défense à saisir de nouveau la justice.
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La scène se déroule dans la nuit du 21 au 22 septembre, près du centre d’accueil temporaire des migrants (CETI). Au moins trois soldats discutent à proximité de leur véhicule de service. Plusieurs téléphones captent leurs échanges. Pendant une cinquantaine de minutes, les militaires évoquent leurs interventions auprès de migrants arrivés du Maroc.
L’un des récits concerne deux Marocains attirés derrière un véhicule militaire sous prétexte de vérifier leurs documents d’identité. « Il ne s’est rendu compte de rien », raconte un soldat. Son collègue poursuit en expliquant avoir frappé l’un des hommes par surprise, ponctuant son récit d’un « Et paf ! ». Les autres éclatent de rire.
Dans les enregistrements publiés par elDiario.es, les soldats discutent également de la différence entre les coups donnés avec ou sans gants. L’un préfère le bruit d’une gifle à main nue. Un autre estime que les gants font davantage mal. Un troisième ironise sur la nécessité d’être de « bonnes personnes » en utilisant des gants.
Des violences comparées au film d’horreur Saw
Une autre conversation porte sur des pratiques particulièrement humiliantes. Un militaire raconte avoir assisté à une scène impliquant des soldats d’une autre unité, les Regulares. Selon son récit, un migrant aurait été contraint de frapper d’autres personnes, sous peine d’être lui-même battu. Le soldat compare cette épreuve aux scènes du film d’horreur Saw et affirme avoir voulu rester pour regarder.
Les échanges révèlent aussi la manière dont certains militaires considèrent les personnes qu’ils interpellent. L’un explique préférer ne plus écouter leurs histoires lorsqu’elles sont racontées en darija, car elles pourraient lui inspirer de la compassion. Un autre assure que les migrants « semblent aimer recevoir des coups ».
Ces propos donnent une nouvelle dimension aux violences déjà documentées par des vidéos tournées à Sebta et aux accusations recueillies par Amnesty International. L’organisation avait interrogé plus de 65 migrants et demandeurs d’asile en septembre, obtenant 22 témoignages directs faisant état de coups et d’humiliations. Certains Marocains avaient notamment raconté avoir été contraints d’embrasser une croix chrétienne. Un adolescent marocain de 16 ans avait également affirmé avoir été frappé puis renvoyé au Maroc malgré ses documents de résidence.
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La réaction de Madrid n’a pas tardé. Jeudi, le ministère espagnol de la Défense a annoncé avoir transmis au tribunal de permanence de Sebta et au parquet l’enquête publiée par elDiario.es, en complément du dossier déjà constitué à partir du rapport d’Amnesty International. Le ministère évoque de possibles comportements délictueux de militaires déployés dans l’enclave.
Esteban Beltrán, directeur d’Amnesty International Espagne, estime que ces enregistrements décrivent des « opérations punitives » destinées à humilier les migrants plutôt que des actes de légitime défense. Il réclame une enquête approfondie et des précisions sur les éventuelles sanctions prises contre les militaires impliqués. Dimanche encore, la ministre de la Défense, Margarita Robles, avait exprimé sa fierté envers les soldats stationnés à Sebta, dénonçant des critiques qu’elle jugeait injustes. Quatre jours plus tard, son ministère transmettait ces nouvelles révélations à la justice.